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samedi 30 septembre 2017

Крым (Crimée) 2017 : navet historique ou l'annexion du budget russe *

La nouvelle doctrine millitaire russe préconise d’atteindre des objectifs militaires par des moyens non-militaires (principalement la propagande). Dans le cas du film “Crimée”, on assiste au renversement de la doctrine : atteindre un objectif cinématographique par des moyens militaires. Et c’est un échec patent. Conçu et financé par le ministère de la défense russe, “Crimée” bénéficie d’une débauche de moyens militaires (avions, hélicoptères, croiseurs, missiles, tanks) aboutissant à un pétard mouillé. Des moyens de film à grand spectacle ont accouché d’une série B, à cause d’un scénario grotesque et d’une mise en scène dépourvue de toute créativité. La séquence la plus chère du film, à savoir le ballet d’hélicoptères soulignant la supériorité du muscle russe, et bêtement filmée du point de vue du plouc à la parade. On n’exige pas un ballet à la “Apocalypse Now”, mais à quoi bon cramer tant de kérosène pour si peu d'effet ?



Produit de l’armée, le film s’annonce comme “basé sur des faits réels”, mais exclut toutes les dimensions non indispensables au produit série B. Les Tatars de Crimée n’existent pas, ni le reste du monde (Américains, OTAN, Poutine). Absents également : le rôle des médias, les milices pro-russes, la population locale. Tout est réduit à l’armée russe (et ses réservistes) contre une poignée d’Ukrainiens aux motivations incompréhensibles. Les émeutes de Maïdan, présentées comme le basculement du film, déboulent comme une catastrophe naturelle. 

Tout ce que le spectateur comprend vient des 2 premières minutes : un cours d’histoire assenné comme une rafale de Kalachnikov : la-Crimée-a-toujours-été-russe. Mais alors, pourquoi cette Crimée idylique du début, un pays de carte postale où tout le monde semble parfaitement heureux ? Autre inversion : ce sont les Ukrainiens qui menacent d’envahir leur propre territoire. 

L’une des lignes directrices du film est la condescendance infinie envers les Ukrainiens, soit simplets, soit foncièrement mauvais. L’héroïne du film, une jeune journaliste ukrainienne, n’a que deux modes : l’hystérie ou les pleurs. À la fin du film, face à son équipe de télévision, elle n’arrive plus à articuler que ce territoire est ukrainien : l’émotion (pas la raison) lui coupe le sifflet. 

L’un des aspects les plus navrants de “Crimée” vient de ce que la fiction gomme la seule réussite manifeste de l’opération. La Crimée a été annexée sans verser de sang, mais le film, faute d’un scénario adéquat, nous aligne des dizaines de cadavres. Autant les manoeuvres de Poutine ont surpris le monde, autant ce film reste prévisible de tout en bout.


Fort heureusement, le public russe n’est pas dupe. Les salles moscovites sont vides (il paraît que c’est la ruée en Crimée). Les promoteurs du film ont beau truquer les classements des sites spécialisés (kinopoisk.ru), ou en faisant pression sur les directeurs d’école, les brebis traînent les pattes. Le “cadeau” de Shoigu à Poutine pourrait bien lui revenir dans la gueule.

Un critique russe conclut sa chronique du film ainsi :

"L'idée est simple : l'Ukraine est une gonzesse stupide, la Russie et un mâle équipé d'un gros pistolet. la guerre c'est mal, c'est pourquoi le faible doit se rendre au fort sans opposer de résistance. la Crimée a été annexée parce que c'était possible. le réalisateur Pimanov à fait ce film parce que c'était possible. Tout le monde connaît le sort du réalisateur ayant un autre point de vue sur le printemps russe. [Oleg Sentsov] va purger une peine de 20 ans de prison en Sibérie pour avoir mis le feu à une porte, ce qu'il n'a jamais reconnu. Le pouvoir, c'est la Force, mon pote, c'est comme ça."

vendredi 5 juin 2015

Sous les nuages électriques (Под электрическими облаками) 2015 *****

Nous sommes en 2017. Quelque chose cloche sévèrement. Les personnages flottent dans une réalité bizarre. Le pays semble au point mort. La guerre est au coin de la rue, mais on n’entent pas encore son vacarme. Nous nous trouvons sur un territoire post-soviétique, mais difficile de dire avec certitude qu’il s’agit de la Russie. On parle bien russe, et les statues de Lenine tiennent encore debout. Mais on sent qu’il risque de chuter une seconde fois. 



“Sous les nuages électriques” est une réflexion en six tableaux d’Alexeï Guerman Jr, l’un des cinéastes russes les plus intéressants et originaux de sa génération. Le film est inracontable. Il n’y a pas de trame, plutôt des personnages-symboles évoluant dans un univers quasi onirique. Les personnages paraissent symboliser des états d’esprits, des étapes dans la croissance d’un individu, plutôt que des personnes réellement distinctes les unes des autres. 

Un oligarque est mort, laissant inachevée un gratte-ciel qu’il voyait comme le projet d’une vie. Ses enfants observent, désemparés, les vautours voler en cercle autour de la réalisation paternelle. Un travailleur immigré ne parlant pas le russe cherche quelque qui puisse réparer son magnétophone. Autour, on tue, on s’ennuie, on se drogue, on rêve ou on s’échappe dans une reconstitution de bataille moyenâgeuse. 




On sent bien sûr l’influence de Guerman senior dans ce language cinématographique. Mais Junior a déjà formé son propre style il y a une décennie, et il progresse rapidement. Le film devait sortir en 2013, mais la longue maladie du père a obligé le fils a travailler d’arrache-pied pour finir “Difficile d’être Dieu”, sorti l’année dernière. “Sous les nuages électriques” devrait être la dernière co-production russo-ukrainienne pour longtemps. Junior a expliqué qu’une bonne partie de son équipe ukrainienne est partie combattre sur le front à la fin du tournage.

jeudi 6 février 2014

Dur d'être Dieu (Трудно быть Богом) *****

L'année 2013 fut une moisson décevante pour le cinéma russe. Heureusement, 2014 commence sur les chapeaux de roue avec Dur d'être Dieu, un époustouflant chef d'oeuvre. Quoique le lien entre 2014 et le dernier film d'Alexeï Guerman soit ténu. En effet, le projet date de 1968, quand Guerman et Boris Strougatski (auteur du roman du même nom) sont tombés d'accord pour travailler ensemble sur l'adaptation. Il est vite apparu évident qu'une observation aussi crue et radicale du totalitarisme ne pourrait être réalisée en URSS. Le projet n'a redémarré qu'en 1999 (entre temps, Svetlana Karmalita avait remplacé Strougatski pour la coécriture du scénario), avec un tournage qui a duré sept ans (de 2000 à 2006) suivit de six longues années de post-production. Guerman est mort il y a exactement un an, épuisé par une longue maladie et par le travail titanesque effectué autour de son dernier film, qui est certainement la toile la plus longuement et impatiemment attendue des vingt dernières années.

S'il est dur d'être Dieu, regarder trois heures du film n'est pas non plus tâche aisée. Ce sont trois heures éprouvantes passées à partager le profond pessimisme de Guerman. Le réalisateur nous plonge dans un décor médiéval hyperréaliste, d'où ressortent une foule de détails pénibles et répugnants. Boue, sang, excréments, pluie, déchets, entrailles occupent la majeure partie de l'écran et du temps. Il est dur d'être Dieu - et spectateur - face à une humanité régressive, tout entière voracement occupée à son autodestruction. 

Guerman n'a pas filmé une oeuvre voyeuriste ou macabre. Il a pris un soin extrême aux détails parce qu'il est un perfectionniste de la trempe de Kubrick ou de Bergman. L'objectif est d'éveiller chez le spectateur une réflexion d'ordre philosophique sur la nature de l'homme et d'une série de phénomènes constants dans son histoire : pouvoir, totalitarisme, violence, obscurantisme, imbécilité. Le décor moyenageux est en réalité une limbe intemporelle dont l'humanité est prisonnière. Le moyen-âge existe à l'état latent en chacun de nous. D'où l'horreur d'assister à ce spectacle.

Le film n'indisposera pas le pouvoir actuel, car sa cible est universelle. Il n'y a pas d'allusion directe à la Russie ou à l'URSS, hormis au tout début lorsqu'une voix hors champ caractérise Arkanar (lieu fictif de l'action) comme un territoire ayant tourné le dos à la Renaissance.

Le film est tiré d’un roman des très prolixes frères Strougatski, qui ont déjà inspiré des adaptations à de grands réalisateurs comme Tarkovski, Lopouchanski ou Sokourov. Mais Guerman s’écarte significativement de la perspective humaniste du roman. Au lieu de s’interroger sur le sens moral d’une intervention de l’homme cultivé moderne dans un conflit médiéval extraterrestre, Guerman gomme rapidement la différence entre le premier et les seconds. Ecce homo (ainsi est l’homme), nous dit Guerman, le vernis civilisationnel ne s’écaille que trop vite. La bête en nous se réveille dès que le pouvoir permet de transgresser les règles morales.

Déroutant, unique, tournée en noir et blanc, Dur d'être Dieu ne s'apparente à rien de connu. Il peut évoquer par son message ou sa forme des chefs d'oeuvres comme le Salo de Pier Paolo Pasolini, J’irai comme un cheval fou de Fernando Arrabal, Aguirre la colère de Dieu de Werner Herzog ou Apocalypse now de Francis Ford Coppola. C'est probablement le dernier rejeton du cinéma aventureux et risqué des années 70. 

Dur d'être Dieu continue à hanter la pensée du spectateur longtemps après la projection. Très longtemps. C'est un film qui marque à jamais son spectateur. C'est pourquoi il est d'ores et déjà un film culte. Une pièce de choix dans la mémoire de tout cinéphile.

dimanche 22 décembre 2013

Stalingrad (Сталинград) grotesque gâchis *

Je m'attendais à ce que ce soit mauvais et je n'ai pas été déçu. Incapable de lier son "histoire humaine" avec la grande histoire de la bataille, Bondartchouk en est réduit à tout expliquer en voix off avec un ton bouffit de solennité. La musique grandiloquente et omniprésente de Badalamenti  ajoute encore encore de la pompe à se filme qui gonfle, gonfle...

Les dialogues sortent tout droit d'un sitcom, pas un poil de réalisme dans ce film. Personne n'a peur, tout le monde est bien coiffé, ou proprement décoiffé. Les personnages russes sont loyaux, droits et courageux, les soldats allemands sont des pervers. L'épaisseur psychologique des personnages se mesure en nanomètres. Le film démarre avec des soldats soviétiques enflammés (au sens propre) qui se jettent en hurlant sur les lignes nazies, tels des zombies. Pour pallier à l'absence de réalisme, les acteurs sont contraints de hurler et de verser dans l'hystérie pour un oui ou pour un non. Cautères sur une jambe de bois. Bondartchouk use et abuse des effets spéciaux (ralentis, accélérés, etc.) images de synthèse, filtres. Plus m'as-tu vu tu meurs.

Tous les autres films tournés sur Stalingrad, même les mauvais, sont infiniment supérieurs à celui-ci. C'est vraiment triste que les plus gros budgets du cinéma russe aillent précisément aux réalisateurs les plus idiots, vénaux et serviles (Bondartchouk, Mikhalkov, même combat).

Pour ajouter à l'infamie, c'est ce film qui a été choisit pour représenter la Russie aux Oscars (du meilleur film étranger), et qui a bien entendu été éliminé d'entrée.

dimanche 25 novembre 2012

Dans la brume (В тумане) mortelle impasse ****

Pour sa troisième fiction (une adaptation de Vassili Bykov), le réalisateur Serguei Loznitsa nous emmène dans le maquis biélorusse, en 1942. Les nazis font une farce macabre à Sushenya en le relâchant alors qu'ils ont pendu ses trois compères publiquement. Sushenya, qui a refusé de collaborer avec les nazis, sait qu'on le regarde désormais comme un pestiféré. Y compris sa femme. 2 maquisards viennent le chercher chez lui pendant la nuit pour le liquider. Il ne résiste pas. Sushenya, se résigne à une fin sordide.

Les films de Loznitsa nous emmènent au fond du désespoir. Ca commence toujours mal, et ça finit dans une apothéose catastrophique (voir Ma Joie). Mais à la différence de son précédent film baigné d'un nihilisme radical, Loznitsa nous montre ici qu'en dépit de la fatalité, certains individus persévèrent à agir selon des principes moraux. Même si cela n'a pas de sens. Autrement dit, l'absurdité du monde est indiscutable. Elle est un fait. Néanmoins il faut vivre et mourir de manière juste. Le peuple traverse la guerre en prenant des coups de tous les côtés. La plupart se comportent comme des merdes ou des lâches, tandis que d'autres continuent dans la probité, ce qui les précipite vers une mort d'autant plus rapide et certaine.

Le film suggère plus qu'il ne dit cette morale. Il n'y a que très peu de dialogues, pas de musique, pas d'artifices. Loznitsa ne cherche pas à construire des montées d'intensité. L'issue est claire dès le début. Les plans sont longs, les pensées se lisent sur les visages des interprètes. La tragédie se noue dans nos têtes. Le spectateur doit tirer les conclusions lui-même.

J'ai vu le film un samedi soir, deux jours après la sortie moscovite. La salle était au deux tiers vide, tandis que des daubes remplissaient les autres salles à raz bord. S'il fallait une preuve supplémentaire de l'absurdité du monde...

Fiche complète sur kinoglaz

samedi 13 octobre 2012

4 дня в мае (4 jours en mai, 2011) hérésie au culte patriotique ***

Ils sont dressés sur leurs ergots. Fulminent contre un film présentant l'armée rouge sous un angle peu honorable. Tous les bien-pensants que compte la Russie d'aujourd'hui, enrubannés dans leur Saint-Georges orange marron, versant des larmes de crocodile sur les vétérans de la Seconde Guerre Mondiale (qu'on appelle à Moscou, il est toujours utile de le rappeler, la "Grande Guerre Patriotique"), le doigt sur la couture du pantalon dès qu'un pompeux discours sur ce thème est prononcé par les vaillants chefs guerriers du Kremlin. Les derniers vétérans crèvent dans la misère, mais le culte soviétique, lui, est bien agressivement vivant.
Voilà pour le contexte expliquant la polémique insensée autour de ce modeste film germano-russe , où l'on suit une poignée de soldats de l'Armée Rouge chargés de (l'impossible) mission d'arrêter tout un détachement de la Wehrmacht, au lendemain de la capitulation nazie. Ces derniers n'ont ni envie de combattre, ni envie de se retrouver prisonniers de Staline, pour être envoyer en Sibérie. Ils tentent de rejoindre le Danemark pour y être fait prisonniers par les Américains. Là-dessus, un très antipathique général de l'Armée Rouge survient avec sa division blindée et entreprend de violer quelques filles allemandes dodues, ce qu'un supra vertueux colonel vétéran, commandant la poignée de soldat sus citée, l'empêche de faire. Par la force.
On sait que des centaines de milliers de viols d'allemandes ont été commis par les soldats de l'armée rouge après la capitulation. Que ces crimes ont été couverts par Staline lui-même ("il faut laisser nos soldats se divertir"), refusant d'instaurer dans l'armée triomphante un code de conduite digne vis-à-vis des populations civiles occupées. C'est vrai que les Rouges n'auraient de toute façon jamais pu égaler les Boches en terme d'ignominie, mais en termes moraux, ce crime de Staline a eu de nombreux échos plus tard... c'est un autre sujet.
Toujours est-il que le film a été attaqué de toutes parts non sur ses qualités cinématographiques (modestes, acceptables), mais sur l'absence de "preuve historiques des événements décrits". Un argument pour le moins paradoxal, s'agissant d'une oeuvre de fiction. En outre, il n'y a qu'un seul soldat de l'Armée rouge qui soit antipathique dans le film (un général, il est vrai), tandis que le groupe des huit soldats défendant les civils allemands fait preuve d'héroïsme désintéressé (ils savent que le NKVD leur réserve une place au Goulag). Le comportement très digne du détachement de la Wehrmacht ulcère beaucoup de monde, c'est vrai que c'est un choix controversé, car les faire apparaître uniquement sous un jour positif n'est pas habituel (ni même vraiment justifiable). Après tout, le film ne raconte pas la guerre, mais uniquement les 4 journées qui ont suivies la capitulation, et dans un périmètre précis (la côte balte).
Que dire de l'aspect artistique ? C'est bien joué, réalisé avec précision, de facture traditionnelle. Usage de la musique très bateau. Belle photographie. Jeu inégal des acteurs (Gouskov est bien sûr irréprochable), surtout du côté allemand. Un film qui somme toute ne se justifie qu'à cause d'un trou de mémoire côté russe.

Режиссер: Ахим фон Боррис
Продюсеры: Алексей Гуськов, Олег Степаненко
Сценарий: Ахим фон Боррис, Эдуард Резник
Оператор: Бернд Фишер
В ролях: Алексей Гуськов, Григорий Добрыгин, Андрей Мерзликин, Павел Вензел, Сергей Легостаев

lundi 8 octobre 2012

Белый тигр 2012 (tigre blanc) duel mystico bourrin ***

Белый тигр représente la Russie cette année aux Oscars du meilleur film étranger. C'est un film de guerre inhabituel, à cause de son ambiance surnaturelle. Au lieu d'exalter le courage du soldat russe (la petite histoire qui raconte la grande), on a affaire à un duel entre le bien (un soldat ayant reçu des blessures auxquelles il n'aurait pas du survivre) et le mal absolu, sous la forme d'un "tank fantôme" qui effraie sa propre armée (nazie). C'est du délire intégral : l'armée rouge, dirigée par des bolchéviques prêts à n'importe quels efforts pour écrabouiller la vermine fasciste, part, maréchal Joukov compris, dans des discussions absurdes sur le "Dieu des Tanks", sur les "Tanks qui parlent", etc.
Et pourquoi pas, finalement ? Après tout, on a tellement été gavés de productions patridiotiques sur la 2ème guerre mondiale (10 par an en moyenne), qu'un peu de délire surnaturel relève le plat. Et puisque la religion prêchée par le Kremlin interdit qu'on discute quoi que ce soit sur le fond, le réalisateur Chakhnazarov change la forme, le genre, l'ambiance. Et peu importe si les faits historiques sont traficotés, les réalités de la guerre piétinées, car de toute façon, le réalisme est passé de mode. Peut-être que Chakhnazarov avait envie de faire un film très personnel, (d'auteur...) mais n'avait pas les moyens de le faire. Sous couverture de film patriotique (unique moyen d'attraper un financement confortable venant du budget fédéral), il a concocté un arrangement entre son sens du devoir, les obligations envers le pouvoir et son ambition artistique. On comprend à la fin (il chausse ses gros sabots) que le Tigre Blanc symbolise le fascisme immortel et invincible. Ou la guerre. Il donne même à Hitler et à Wagner le dernier mot du film, ce qui est plutôt osé ! Mais il est hautement improbable que le jury américain des Oscars (pour le meilleur film étranger) apprécie ce tour de passe-passe saugrenu.

jeudi 23 août 2012

Край (2010) la beauté des limites, ***

Sibérie, taïga, pendant la deuxième guerre mondiale. Un conducteur de locomotive vétéran, gravement blessé à la tête pendant les combats, est assigné dans un trou perdu. Il tombe sur une Allemande surprise par la guerre en 1941, et qui, sans retraite possible, se cache depuis le début du conflit. Leur relation provoque une explosion de violence alors que la terreur stalinienne règne...

Alexeï Uchitel a probablement voulu faire un film pour l'export, dans la lignée du "Barbier de Sibérie" de Mikhalkov. Il s'est visiblement planté, n'a pas été remarqué à l'étranger du tout. Pourtant, le film se regarde facilement. Trop sombre pour les écrans américains, trop désespéré sans doute. Mais les ingrédients habituels sont disposés et apprêtés avec talent par une photographie et un montage très sûrs et privés des tics à la mode (effets, clipage, etc).

Comme d'habitude chez Uchitel, les personnages ont un côté caricatural et schématique, ils sont trop prévisibles. Il n'a pu s'empêcher de faire de Machkov un macho surhumain. Seul Garmash dans son rôle de super salaud archétypal s'en sort bien, car malheureusement ces personnages ont réellement existé. Garmash incarne parfaitement l'époque.

Uchitel abuse un peu des fumées et des sirènes, qui donnent un aspect superfétatoire. Mais d'un autre côté, il nous offre quelques unes des scènes érotiques les plus réussies depuis une décennie. Grâce surtout à l'actrice Yulia Peresild, visiblement très à l'aise et naturelle (on ne peut pas en dire autant de Machkov). Peu de réalisateurs russes ont osé pénétrer dans un bania (bain russe) féminin. Lequel apparaît comme un paradis tout à fait improbable dans ce trou à rat sibérien. Il y a quelque chose d'une parabole dans cette beauté paradisiaque accessible au bout du monde. Quelque chose qui me parle.