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jeudi 4 janvier 2018

Une femme douce (Кроткая) ... dans un monde de brutes ****

La colère de Sergueï Loznitsa ne connaît aucun répit. Rossia Matouchka en prend de nouveau pour son grade.

Krotkaïa (une femme douce, très librement adapté de la nouvelle de Dostoïevsky) ne se résigne pas à son triste sort. Lorsque le colis qu'elle a envoyé à son mari emprisonné lui revient sans explication, elle décide d'entreprendre un long voyage pour porter ce colis jusqu'à la prison. Voyage non-initiatique, semé d'embûches kafkaïennes et de personnages cauchemardesques. La Russie provinciale contemporaine y est une vallée de larmes. Vulgarité, bêtise, méchanceté, ignorance.

Loznitsa, comme Zviaguintsev, décrit l'effondrement moral de la Russie. Avec moins de subtilité, cependant. Il force le trait par rapport à "Ma Joie" (2010), qui traitait du même sujet sous la forme d'un road-movie. Dans Krotkaïa, Loznitsa fait le chemin inverse : de la province profonde vers une ville moyenne, où "la prison est notre tout, c'est elle qui nous nourrit". Il démontre sans peine que les murs de la prison s'étendent bien au-delà des murs physiques. La "zone" est dans les têtes, elle est constitutive de la pensée. Si bien que l'ultime institution supposée apporter de l'aide à Krotkaïa - la "défenderesse des droits humains", sous ses aspects de juste persécutée, s'avère factice. Le mal est si profondément enraciné qu'il n'y a pas d'autre salut qu'en soi-même. À la différence de Zviaguintsev dans "Faute d'amour", Loznitsa tue l'espoir. Il est à deux doigts d'essentialiser la Russie et les Russes, de les assimiler à l'enfer. Seule Krotkaïa porte en elle une force positive, laquelle n'est pas explicitée : amour, devoir, solidarité, persévérance ?

Naturellement, le film n'a pas reçu un kopeck de Russie et sa sortie en salle fut confidentielle ($6800 de recettes selon Kinopoisk).

Fiche technique du film

mercredi 16 août 2017

Теснота (2017) Caucase : plaies à tous les étages ****

Une famille juive modeste, un fils enlevé par des bandits, une fille rebelle flirtant avec un musulman. Le décor est planté à Naltchik, Kabardino-Balkaria, en 1998. À côté, les des combattants tchétchènes égorgent leurs otages russes comme des agneaux. Un climat de violence et de méfiance plane sur tout le Caucase. Comme dans le dernier Zvyagintsev, les victimes sont livrées à elles-mêmes. Pas de secours à attendre de l'État, de la police ou de la collectivité. On n'est pas dans Roméo & Juliette, mais il faut faire face à des choix cornéliens. Je me sacrifie pour libérer mon frère ou je refuse d'être une marchandise ?



Telles sont les questions posées par le tout jeune réalisateur Kantemir Balagov, 26 ans, dont c'est bien sûr le premier long-métrage. Il filme la petite histoire, et la grande. En fait, ce sont des poupées russes. À l'intérieur des conflits interethniques irrésolus du Caucase russe, les conflits interfamiliaux. Et finalement, les conflits à l'intérieur de l'individu.



Balagov est lui-même Kabarde. Il connaît la "promiscuité" (Теснота) décrite dans son filme. Il semble guidé par l'idée que les stéréotypes ethniques se fondent sur la projection de fantasmes nés de conflits internes à l'individu. Il l'a observé lui-même : quand un Juif se comporte comme un Kabarde, et quand un Kabarde se comporte comme un Juif... C'est donc un film simplement humaniste dans un Caucase qui l'est de moins en moins.

vendredi 2 juin 2017

Нелюбовь (Faute d'amour) Andreï Zvyagintsev 2017

Russie, banlieue dortoir. Un couple se sépare, laissant un enfant de 12 ans sur le carreau. Il entend que ses parents veulent se débarrasser de lui en le plaçant dans un internat. Il pleure en silence derrière une porte. Le lendemain, il disparaît. Ses parents, tout occupés à leurs nouveaux amours, mettent plus de 24h à se rendre compte de sa fugue. L'enquêteur hausse les épaules, renvoie vers une organisation de volontaires spécialisée dans la recherche des enfants disparus.



 Une petite histoire qui en raconte une grande. En toile de fond : piété orthodoxe imitée, propagande informationnelle constante, respect des convenances masquant un égoïsme forcené. Le mari vend des produits financiers dans une société appartenant à un patron ultra-orthodoxe. Il réalise qu'il doit se remarier vite fait pour que personne au boulot ne remarque son divorce. Il reproduit immédiatement ailleurs son premier mariage raté. La mère déteste ouvertement son enfant, sa mère (c'est réciproque) et veut être heureuse. Cette misère sentimentale paraît la norme, puisqu'elle ne déclenche pas de réaction horrifiée dans l'entourage du couple. Le défaut d'amour émane d'une société baignant dans sa propre méchanceté. Zviagintsev lie la petite histoire à la grande par le biais d'une télévision déversant sur tous les insanités de Dmitri Kiselev.

dimanche 7 février 2016

Criminel (Находка) 2016 : Crimes, pardon et Happy End

C'est toute la noirceur de la vie russe qui est à nouveau projetée sur les écrans. Mais ce film d'auteur se distingue par un happy-ending assez inattendu. On a, au début, l'impression au début de retrouver l'univers corrompu, cruel et vicieux de Léviathan.

Un garde-pêche droit dans ses bottes tente de faire respecter l'ordre dans une région pauvre et isolée du grand nord russe. Tous le détestent pour sa rigidité martiale, et, en retour, il déteste tout le monde, jusqu'à son épouse et sa fille.

Une épouvantable mésaventure l'oblige à se remettre en question et réveille en lui les sentiments de culpabilité et une empathie depuis longtemps enfouie sous le mépris.


L'acteur vétéran Alexeï Gouskov porte le film sur ses solides épaules. Les seconds rôles sont soignés et le récit admirablement conduit par le réalisateur Viktor Dement. Les amateurs de photographie léchée et de vastes étendues septentrionales sauvages apprécieront le travail d'Andreï Naidenov


Ce qui caractérise ce film et lui donne sa singularité, c'est le retournement final. D'une tristesse insondable, il bascule vers à la rédemption et le pardon. Sans message religieux, ni sous-entendu emprunté d'un autre récit politico-messianique. Le processus se déroule à l'intérieur du personnage principal, de manière manière étonnante, mais en même temps plausible. Il serait donc abusif de parler d'un "anti-Leviathan". L'espoir est en chacun de nous - du moins chez ceux qui ne sont ni corrompus ni cyniques, suggère Dement. Un message salutaire pour la Russie d'aujourd'hui.

Il n'a malheureusement pas été entendu. Deux mois après sa sortie en Russie (3 décembre), le film a fait 4 235 entrées avec 45 copies, pour des recettes n'atteignant même pas 10 000 euros. Dérisoire. Le public russe continue de bouder le bon cinéma national. J'ignore si des efforts promotionnels adéquats ont été déployés. L'existence de ce film n'est arrivée à mes oreilles qu'après que les distributeurs français m'aient contactés. L'avenir de ce film est donc entre les mains du public étranger. Il a déjà obtenu le Prix du public ainsi que celui du Meilleur premier film en 2015 au Festival du cinéma russe de Honfleur.

mercredi 12 février 2014

L'éternel retour (Вечное возвращение) ****

Kira Mouratova réalise un film construit sur une succession de sketches. Ce sont, semble-t-il, des extraits de castings avec différentes combinaisons de couples. Parfois entrecoupés d'un dialogue dans un cinéma entre un producteur et un monteur ayant hérité des rushes d'un film inachevé par un réalisateur décédé. Rejoints ensuite par une scénariste. Il s'agit d'une réflexion sur le cinéma. Un faux "making of" d'un film fictif.

Il est fort distrayant de lire les commentaires furieux de spectateurs du film attirés par les grands noms à l'affiche (Tabakov, Litvinova, Makovietsky, Demidova). Perdus devant ce film plein de répétitions et à la structure non narrative, ils se sont emmerdés comme des rats morts. Ils n'ont rien compris. Mais pour qui connaît le travail de Mouratova et l'apprécie, point de surprise.

La réalisatrice ukrainienne utilise ses acteurs fétiches et jongle avec eux, démontrant les possibilités infinies de la mise en scène et des interprétations par de grands acteurs. C'est une mise en abysse magistrale et pleine d'humour.

dimanche 22 décembre 2013

Une longue vie heureuse (долгая счастливая жизнь) seul contre tous ****

Boris Khlebnikov nous emmène de nouveau dans la Russie profonde, coincée entre la misère, la lâcheté et la corruption. Sasha, un jeune entrepreneur honnête, décide d'aider des fermiers contre un investisseur décidé à racheter leurs lopins de terre et les mettre au chômage. Mais tout le monde se débine et Sasha reste seul face aux vautours.


Cinéma social, réalisme, c'est ce que Khlebnikov sait le mieux faire, avec son acteur fétiche Alexandre Yatsenko. Ce dernier joue à merveille, mais ça manque un peu de rythme et d'originalité. Le film a au moins le mérite de parler de vrais problèmes et de dire les choses telles qu'elles sont. C'est émouvant de voir tant d'énergie dépensée pour un cinéma quasiment privé de public.

Fiche complète sur Kinoglaz

dimanche 10 février 2013

Vivre (Жить) Sigarev sous le sable ****

Pure Чернуха (noirceur). Tendance qu'ont certains auteurs russes à illustrer les aspects les plus sombres de l'existence de leurs concitoyens. A l'instar de Ma Joie ou de Portrait au crépuscule, La vie est un cauchemar une plontée dans le malheur et le désespoir.

Dans un coin de Russie provinciale, trois individus fragiles sont confrontés, dans trois narrations parallèles, à la mort de leurs proches. Une jeune femme perd l'homme qu'elle vient d'épouser. Il est battu à mort sous ses yeux dans un train de banlieue. Une mère luttant contre alcoolisme perd définitivement ses deux filles jumelles (qui ont été confiées aux services sociaux) dans un accident de la route. Un petit garçon élevée par une mère qui le déteste, apprend que son père est mort. Chacun à sa manière refuse d'accepter la réalité, un peu comme dans "Sous le sable" de François Ozon. Mais nous nous trouvons en Russie, et le deuil n'est pas atténué par des aides psychologiques ou le confort matériel bourgeois. Le deuil est au contraire rendu plus pénible par la rudesse de l'entourage, le dénuement et la laideur de l'environnement.


Sigarev signe avec La vie son second long métrage après Toupie. La structure est plus complexe, la narration mieux maîtrisée, mais le style reste identique. Une profonde sympathie pour des personnages simples aux motivations évidentes, englués dans des situations atroces. Des plans longs, une musique atmosphérique (arpèges balayés à la guitare électrique), des dialogues peu fréquents mais soigneusement écrits (Sigarev est un dramaturge reconnu).

Observateur étranger, je suis confronté à un dilemme : soit je râle contre un cinéma russe obsédé par la noirceur, soit je loue le réalisme sans concession du réalisateur et passe moi-même pour un thuriféraire du "peu patriote" Sigarev. Bien sûr que la Russie dépeinte dans ce film n'est qu'une des réalités russes. Une partie du pays vit dans un univers totalement séparé, dans un confort matériel qui n'a rien à envier à l'Occident. Mais La vie apporte le signe rassurant que les artistes russes n'oublient pas leurs concitoyens restés le cul dans la boue (et ils sont très nombreux). Personne n'accuse les réalisateurs Jacques Audiart ("un Prophète") ou Harmony Korine ("Gummo") de couvrir de boue leur patrie, une accusation qui fuse vite ici dès qu'un auteur explore la Noirceur. Il se trouve que la Noirceur inspire les meilleures oeuvres du cinéma russe depuis vingt ans.

vendredi 14 décembre 2012

я тоже хочу Moi aussi je veux... crever de bonheur ****

Alexeï Balabanov nous fait peur : c'est son dernier film. C'est la fin du monde. Le bonheur ? C'est la mort. Le désir conduit à l'anéantissement.

Pour un étranger, Balabanov épouse fidèlement le cliché de l'artiste russe désespéré, volontiers attiré par le surnaturel, et en même temps parfaitement cynique, porté à la satire radicale de la société.

"Je veux aussi", ce sont quatre hommes chaudement habillés accompagnés d'une jeune fille nue. Tous se précipitent vers un bonheur mystérieux, une zone irradiée, dont personne n'est jamais revenu. Tous croient être choisis pour connaître le bonheur, mais seuls quelques uns sont élus. Par qui ? Balabanov ne nous le dira pas. Car ce n'est pas l'objet.

Les personnages incarnent plusieurs archétypes de la Russie d'aujourd'hui : deux bandits, dont un alcoolique, un vieil homme abattu, un artiste taciturne, et une jeune fille improbable (médiocrement interprétée) à la fois comme prostituée et étudiante en philosophie. Ce qui apparaît immédiatement, c'est qu'elle est très malheureuse et naïve. Au point qu'elle n'hésite pas à se dénuder complètement, ni à courir ainsi des dizaines de kilomètres dans la neige, lorsqu'on lui explique que c'est l'unique voie vers le bonheur. Pour le plus grand plaisir des spectateurs, qui vous le savez comme moi, sont au fond des voyeurs sadiques.

Balabanov traite simultanément plusieurs sujets. Premièrement, il s'agit d'une transposition à l'époque moderne de STALKER, le chef d'oeuvre de Tarkovski. L'idée est la même (zone interdite irradiée, phénomène surnaturel), mais les temps ont radicalement changés. L'Etat totalitaire est devenu impuissant : tout le monde peut pénétrer dans la zone. Le stalker a aussi disparu en temps que personnage. Il n'y a pas de guide pour mener les aventuriers. Ceux-ci ne recherchent plus la vérité, ils cherchent le bonheur. Cette quête ne va pas les transformer : ils vont simplement disparaître, de deux manières différentes selon qu'ils soient élus ou non.

La magie a presque disparu. Balabanov veut nous dire quelque chose sur l'église, de pas très agréable, sans doute. Visiblement, il n'est pas doué pour la foi. Il ne croit pas, et s'étonne ((c'est un euphémisme) d'observer la foi chez les autres. Le lieu magique est une église orthodoxe. Oui, mais elle est détruite, et on ne voit pas un seul pope durant tout le film. Ils ont disparu, sont impuissants comme le pouvoir. Ce n'est pas l'église, ni Dieu, que cherchent les gens, c'est le bonheur. La Foi a perdu toute dimension sacrée ou chrétienne. L'église a perdu sa fonction de guide.

Et l'on aperçoit à la fin du film Balabanov, au pied de l'église détruite, qui n'a pas su trouver le bonheur, qui n'est pas élu. Parce qu'il n'arrive pas à croire. Balabanov joue son propre rôle. Il se présente : "réalisateur, membre de l'association internationale des metteurs-en-scène". Puis tombe et meurt. Il a prévenu : c'est son dernier film. Il est malade, ou déprimé, ou las.

On le sent en regardant ce film trop long et qui ne débouche pas sur une réflexion maîtrisée. Balabanov laisse les choses en plan. Avec un tact certain, il suggère au spectateur de développer sa propre réflexion et de tirer les conclusions lui-même. Intention louable, mais on sent aussi qu'il n'a pas suffisamment travaillé les personnages, ni le scénario. Lassitude de la vie ? On reste vraiment sur sa faim parce que les personnages n'ont rien à dire. Les Russes de Balabanov restent bruts de décoffrage, impulsifs, à la limite de l'idiotie et du caricatural, profondément secoués.

La musique est presque aussi envahissante et inutile que dans Kotchegar, son film précédent (un affreux ratage). On ne comprend pas ce qui lui a pris d'inonder les 20 dernières minutes avec des bruitages de film fantastique (sifflements, grondements, hululements) totalement redondants.

Je veux croire que ce n'est pas le dernier film de Balabanov. Je veux croire que le courageux réalisateur de "Grouz 200" guérira de sa maladie ou de sa dépression pour ouvrir les yeux des Russes sur le monde.

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Mise à jour :
Malheureusement, son pressentiment était juste. Balabanov nous a quitté le 18 mai 2013. Il travaillait sur le projet d'un film consacré à la jeunesse de Iossif Vissarionivitch Staline. Titre de travail "Koba" (surnom de jeunesse de Staline). Une terrible perte pour le cinéma russe. C'était un homme aux idées très controversées, mais il avait un courage sans équivalent et des intuitions extrêmement pertinentes.

dimanche 25 novembre 2012

Dans la brume (В тумане) mortelle impasse ****

Pour sa troisième fiction (une adaptation de Vassili Bykov), le réalisateur Serguei Loznitsa nous emmène dans le maquis biélorusse, en 1942. Les nazis font une farce macabre à Sushenya en le relâchant alors qu'ils ont pendu ses trois compères publiquement. Sushenya, qui a refusé de collaborer avec les nazis, sait qu'on le regarde désormais comme un pestiféré. Y compris sa femme. 2 maquisards viennent le chercher chez lui pendant la nuit pour le liquider. Il ne résiste pas. Sushenya, se résigne à une fin sordide.

Les films de Loznitsa nous emmènent au fond du désespoir. Ca commence toujours mal, et ça finit dans une apothéose catastrophique (voir Ma Joie). Mais à la différence de son précédent film baigné d'un nihilisme radical, Loznitsa nous montre ici qu'en dépit de la fatalité, certains individus persévèrent à agir selon des principes moraux. Même si cela n'a pas de sens. Autrement dit, l'absurdité du monde est indiscutable. Elle est un fait. Néanmoins il faut vivre et mourir de manière juste. Le peuple traverse la guerre en prenant des coups de tous les côtés. La plupart se comportent comme des merdes ou des lâches, tandis que d'autres continuent dans la probité, ce qui les précipite vers une mort d'autant plus rapide et certaine.

Le film suggère plus qu'il ne dit cette morale. Il n'y a que très peu de dialogues, pas de musique, pas d'artifices. Loznitsa ne cherche pas à construire des montées d'intensité. L'issue est claire dès le début. Les plans sont longs, les pensées se lisent sur les visages des interprètes. La tragédie se noue dans nos têtes. Le spectateur doit tirer les conclusions lui-même.

J'ai vu le film un samedi soir, deux jours après la sortie moscovite. La salle était au deux tiers vide, tandis que des daubes remplissaient les autres salles à raz bord. S'il fallait une preuve supplémentaire de l'absurdité du monde...

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dimanche 14 octobre 2012

Alien (Чужая, 2010) Voyage au bout de nuit ****

En raison de la pénible saturation du thème de la seconde guerre mondiale dans le cinéma russe, je fais une petite pause pour parler d'un film sorti en 2010 dans une relative indifférence, non méritée. Alien contient également un forme d'exutoire du passé, mais celui-ci est plus proche : les chaotiques années 90.
Alien est une prostituée ukrainienne travaillant à Prague, dont le tueur de frère, arrêté par la police ukrainienne, risque de baver et de faire tomber quelques huiles. Pour empêcher ça, un groupe de criminels est chargée de la ramener vivante à Kiev, comme garantie pour que le frère ferme sa gueule. Mais Alien s'avère être d'une férocité et d'une intelligence inégalée, plongeant les opérations dans le chaos et la violence.

Violence est un mot-clé de ce thriller mafieux très réussit. De bout en bout, la noirceur ne fait qu'épaissir, grâce à une réalisation magistrale, à des dialogues pertinents et à un choix d'acteurs très précis. Il y a du Peckinpah et du Kitano là-dedans. C'est à mon avis une des meilleures écranisations des années 90, grâce aussi à un choix judicieux des locations de tournage (formidable et gigantesque épave sur les bords de la Mer Noire). Le plus impressionnant, ce sont les gueules des mafieux. La distribution fait des merveilles et donne au film une crédibilité souvent absente des films d'action russe.

Il y a deux exceptions toutefois. "Choustry" (Tkachev) , le beau gosse blond, passe mal dans son rôle de voyou. Il est tout simplement physiquement trop joli. Alien (Romanytcheva) déçoit un peu aussi... trop belle, trop lisse. Elle se donne du mal, mais ressemble trop à Milla Jovovich et ne parvient pas à me convaincre. Il faudrait quelqu'un qui sache faire suinter le mal à travers sa peau.

Le réalisateur Anton Bormatov montre qu'il pourrait être exploité avec plus de bonheur (il tourne surtout des séries sans intérêt). Il n'a pas atteint le niveau de Balabanov avec son Jmourki, mais son film se place aux côtés de Boomer, et devrait figurer comme dernier parmi les films cultes sur les années 90.

vendredi 31 août 2012

Волчок (2009) Le Nouveau Drame se penche sur l'enfance - ****

Surnommée 'Toupie' par sa mère - perpétuellement absente - une gamine grandit dans l'isolation et la souffrance. Elle est toute entière définie par ce manque d'affection maternelle. Elle tourne, tourne, prisonnière d'une spirale de malheurs. Victime d'un sort ingrat, la mère se venge sur sa petite fille, qu'elle ne supporte pas. Elle lui refuse la moindre marque d'affection, la pousse sciemment vers un destin tragique.

Yana Troïanova joue de manière convaincante la mère brutale, égoïste et alcoolique de 'Toupie'. Son personnage est infiniment réaliste. C'est la province russe, désespérante, abandonnée des Dieux.  Troïanova est dirigée par son mari, Vassili Sigarev, connu pour faire partie du Nouveau Drame, ce courant théâtrale focalisé sur la Russie d'Aujourd'hui, qui en parle sans fard, avec un réalisme passionné. Sigarev reste fidèle au principe du Nouveau Drame : le langage est châtié, les dialogues ne sont pas soignés, embellis : ils sont brut de décoffrage. Pas d'explications, pas de morale, la vie de Toupie est narrée de son point de vue, avec parfois la voix off de Toupie devenue adulte, jetant un regard sur son enfance (avec la voix de Yana Troïanova...).

La caméra de Sigarev ne tremble pas, n'utilise pas de procédés stylistiques empruntés à tel ou tel courant cinématographique. Il semble uniquement préoccupé par la narration la plus subjective possible de cet enfant à moitié abandonné (à moitié seulement... notez que 'Волчок' désigne à la fois la toupie et le chien-loup... la gamine est à moitié apprivoisée seulement).

mardi 28 août 2012

Портрет в сумерках (2011) passion crépusculaire ****

Descente aux enfers d'une jeune femme lambda. Dans la Russie d'aujourd'hui. Mépris, vol, viol. Un traumatisme qui ne parvient pas à se transformer en vengeance, et tourne à la passion.

Dans ce "portrait au crépuscule", difficile de ne pas voir, au-delà du drame individuel, un cri de rage contre le délitement social que traverse le pays. Inévitablement, la polémique jaillit : "film anti patriotique". La Russie est dépeinte sous un angle "fin de vie". Rien ne va plus. Rien à quoi se raccrocher.

Il n'y a rien d'invraisemblable dans ce film. On ne peut pas l'attaquer comme un mensonge. On l'attaque parce qu'il ne veut pas donner d'espoir. Or, cette critique vient de personnes attachées au rôle paternalistedu cinéma : il doit prendre le spectateur par la main. Lui parler des problèmes, mais surtout lui montrer la solution.  Ce n'est pas le cas dans ce film. Ici, le ton n'est ni pleurnichard, ni féministe revendicatif. On laisse le spectateur tirer lui-même ses conclusions. C'est bien mieux ainsi.

"Portrait au crépuscule", comme "Mon Bonheur", s'adresse aux adultes. Voici le problème, démerdez-vous. Vous savez ce qui vous reste à faire. Dans l'ambiance patrioticonne actuelle, mettre le doigt là où ça fait mal est déjà suffisamment courageux.

Ce film est le fruit du travail de deux femmes : la veuve du réalisateur Ivan Dykhovitchny (Olga), actrice principale, productrice et auteure de l'idée du film ; et la réalisatrice débutante Angelina Nikonova. Beau travail. Les personnages sont traités dans toute leur complexité, c'est-à-dire sans simplification ni exagération. Olga Dykhovitchnaïa interprète subtilement une psychologue impénétrable à elle-même. Ses yeux fouillent le crépuscule, voient au-delà des apparences, les bords coupants de l'existence.


режиссер Ангелина Никонова
сценарий Ольга Дыховичная, Ангелина Никонова
продюсер Леонид Огарев, Ангелина Никонова, Ольга Дыховичная
оператор Эбен Булл
композитор -
монтаж Елена Афанасьева
жанр драма, мелодрама
сборы в России $154 098
зрители 25.7 тыс.
премьера (РФ) 10 ноября 2011, «КиноБарабан»
релиз на DVD 18 января 2012, «Кармен Видео», ...
время 105 мин. / 01:45

mardi 21 août 2012

Мой папа Барышников (2011) Mon père, c'est Baryshnikov ! ****


Pas de Perestroïka pour Boria, un gamin rêvant de devenir danseur étoile au Bolchoï. Pour l'instant, il est le canard boiteux de sa classe de danse, et la ballerine vedette de l'école, qu'il aime éperdument, l'ignore somptueusement. Alors que tout semble vraiment mal s'engager pour Boria, il s'auto persuade qu'il est le fils de Baryshnikov.
Cette comédie douce-amère recrée l'ambiance frugale et morose de l'ère gorbatchévienne, où les rêves décuplent proportionnellement à la frugalité croissante de l'existence. Les réalisateurs Dmitri Povolotski et Mark Drugoi font passer le message via une voix off : les coups que Boria prend sur la gueule, parfois mérités mais le plus souvent injustes, l'ont sorti de ses rêves et lui ont permit de réussir dans l'ère suivante. On ne l'a pas laissé atteindre l'excellence en matière artistique. Il a développé un talent dans les affaires. S'est payé le Bolchoï. Son nom est finalement sur l'affiche.
En filigrane, une histoire de juif russe, punit d'être "spéculateur", trop malin, trop indépendant, et qui prend sa revanche en devenant oligarque lorsque le régime bascule.
Les amateurs de ballets trouveront certainement une tapée d'imperfections dans les pointes du jeune Dmitri Vyskoubenko, mais son interprétation épate. Il est juste de bout en bout et porte tout le film sur ses frêles épaules.

lundi 23 janvier 2012

Мелодия для шарманки (Muratova) it's a wild, wild world...****


On a retrouvé il y a quelques semaines dans une gare du fin fond de l'Ukraine un ancien candidat au poste de gouverneur de l'Arizona. Kira Muratova, a trouvé elle deux gamins fugueurs dans la même région. Ce qui est moins étonnant, mais bien plus sordide. Les deux gamins, une fillette et son jeune frère se retrouvent sur le pavé après la mort de leur mère et tente de survivre dans l'indifférence générale.
Contrairement à ce que le sujet pourrait suggérer, point de misérabilisme ici. L'épopée des deux gamins prendrait même une tournure initiatique, si l'aventure de mène à rien de positif. C'est un conte de Noël pour les mécréants et les réalistes. Nul doute que nous sommes pour la plupart enferrés dans nos égoïsmes, sinon de telles histoires n'arriveraient-elles pas, ou du moins nous paraitraient-elles improbables. En dépit de l'aspect tragique de "mélodie pour orgue mécanique" ne nous brise pas le coeur. Le film est porté par l'humour et la vivacité des deux gamins. Il ne ressemble pas vraiment à ce que je connais de Muratova, mais sa filmographie comporte déjà des oeuvres très différentes les unes des autres.
Il faut saluer avant tout deux très jeunes interprètes dotés d'un talent formidable et une épatante direction d'acteur. Peut-être inspireront-ils quelques trucs de survie au politicien américain devenu apprenti SDF en Ukraine ?

vendredi 20 janvier 2012

Generation П (Guinzburg) retrosatire ****


Viktor Guinzburg a mis une décennie pour adapter l'inadaptable, c'est à dire le roman "Génération P" de Viktor Pelevine. Il s'en sort bien, car le film est regardable, C'est véritablement un exploit de parvenir à mettre en image les délires mystico philosophiques de Pelevine sans sombrer dans le ridicule. C'est aussi infaisable que d'adapter le "Maître et Marguerite" de Boulgakov. Malgré tout, il y a des trouvailles visuelles intéressantes, une bande son très adaptée, et une profusion d'acteurs donnant tout ce qu'ils peuvent pour sauver ce film de l'enlisement. A voir pour la reconstitution à tantôt délirante, tantôt réaliste des folles années 90. Et pour comprendre la rapacité des années 2000.

jeudi 8 décembre 2011

Елена (Elena) Descente réaliste ****

Heureusement qu'il existe, ce Zvyagintsev, pour remonter le niveau du cinéma russe cette saison. Elena marque un changement de ton dans l’œuvre du cinéaste. On revient en Russie, la vraie Russie d'aujourd'hui, celle, urbaine, de Moscou, avec une problématique sociale et une peinture crue des rapports humains. Ce n'est pas un beau tableau.

Elena la cinquantaine, épouse de Vladimir, homme fortuné et en mauvaise santé, et subvient aux besoin de la famille de son fils Sergueï, qu'elle a eu d'un précédent mariage. Vladimir s'irrite d'entretenir à travers Elena Sergueï, dépeint comme un homme veule et fainéant. Pivot du film, Elena défend les intérêts de son descendant avec tant de pugnacité qu'elle va jusqu'à commettre l'irréparable.

Terminé les long travelings, les paysages. Le rythme reste lent, la photographie extrêmement soigné et dans les tons sombres des films précédents. On reste presque tout le temps enfermé dans un appartement au design moderne et impersonnel, évoquant une suite de Radisson. Un appartement très peu russe, très peu "nouveau russe". Mais la Russie apparait dans toute sa décadence à travers la désolante situation de Sergueï et son voyou de fils. Les hommes n'ont rien de réjouissant, ils exploitent les femmes en tout. Elena occupe le rôle de servante et non d'épouse. Femme russe archétypale, elle accepte sans moufter, encaisse, mais manifeste une volonté de fer. Elle mène la barque dans cette pièce de théâtre admirablement "cinématisée" par le cadrage léché et les prises de vue aux angles inhabituels. Zvyagintsev montre avec Elena qu'il peut travailler dans des registres divers tout en gardant un style parfaitement personnel.

dimanche 20 février 2011

Овсянки - Le dernier voyage de Tania (2010) sombre mystification ****


Deux hommes, un mari et un amant rêvé, enterrent Tania selon un rite ancestral imaginaire. On ignore les raisons de la mort de Tania, mais on apprend les détails de la passion du mari pour la rondelette et féminine Tania. Tous trois vivaient dans la ville industrielle de Neïa, Nord de la Russie. Le rite les fait quitter cette ville à tout jamais.
Ce sombre road movie (très à la mode en ce moment de tourner des road movies... certainement depuis que tous les russes peuvent s'acheter une bagnole) plonge le spectateur dans les frigides paysages du Nord, forêts, lacs, rivières, églises pointant leurs clochers abîmés dans la brume. Et surtout dans les cerveaux à moitié gelés de deux hommes russes, l'un retourné par la mort de son épouse, l'autre qui revit la mort de son père. Les émotions restent enfouies, leurs actes modérément rationnels.
C'est évidemment un très beau film, méditatif, sur le sens des traditions et l'attachement qu'on a pour elles, fussent-elles totalement archaïques ou imaginaires. Film sur le deuil et le retour à la vie, sur le désir d'immortalité, et sur le fossé abyssal entre les méandres de l'âme russe et la terrible banalité du monde matériel (intéressant voyage dans un caddie d'Auchan).
On reste quand même dans la catégorie des films d'auteur modestes. Pas de volonté de mettre en cause l'ordre, pas de grandes ambitions, pas de claques assenées à droite à gauche. Surtout un magnifique travail d'opérateur, qui a été remarqué et récompensé à Venise.

mercredi 7 avril 2010

De quoi parlent les hommes (2010) ****


"О чем говорят мужчины" est une comédie d'essence soviétique, bourrée de clins d'œil aussi ésotériques pour l'Occidental qu'ils sont évidents au sovok (personne née en URSS), même de bas âge. Dmitri Dyatchenko et Rostislav Haït ont imaginé une comédie assez réussie mais prévisible, jonglant avec les clichés du vaudeville russe et pour cette raison difficilement exportable. 4 amis mâles juste en dessous de la quarantaine partent ensemble en voiture de Moscou à Odessa pour un week-end de bacchanales. Un seul d'entre eux n'est pas marié (il répète plus souvent qu'à son tour : "c'est pour cela que je ne me suis pas marié").Les compères s'échappent de leurs couples respectifs pour rouspéter tant qu'ils peuvent contre les bonnes femmes. Et de deviser sur l'impossibilité et du grand danger qu'il y aurait à ne pas tromper sa femme. Une vision mâlocentriste, totalement phallocrate et décomplexée de la question, le genre de film qu'il est absolument impossible de tourner en France. Je m'imagine sans peine la vague de haine qu'un tel film soulèverait dans l'hexagone, où de tels discours ont disparus des grands écrans depuis 30 bonnes années. La Russie ayant émoussé au fil des années ma sensibilité au "politiquement incorrect", j'ai beaucoup rit et me suis un peu ennuyé aussi car le "road-movie" n'est pas du tout une spécialité russe et le film manque de rythme. La réflexion n'est pas poussée bien loin, car nos quatre hommes sont tous bien dans leur peau et ont accès sans peine aux dessous de jolies filles deux fois plus jeunes qu'eux.

La culmination du film est un fantasme de Haïm (avec gros clin d'oeil à Fellini) où il fête son anniversaire sur un bateau. Les invités : toutes les filles avec qui il a couché. Elles sont rayonnantes, l'adorent. Au cours de la célébration, il prend le micro et leur présente... son épouse "certaines d'entre vous ignoriez même son existence" lâche-t-il, sans ironie. L'épouse légitime est attendrie de tant d'honneurs. Tombant nez à nez avec sa meilleure amie, elle ne reproche à Haïm que de l'avoir trompée dans un hôtel proche de son domicile ("j'étais en vacances à ce moment-là") alors qu'il aurait pu économiser l'argent de la chambre pour lui acheter une fourrure...

Nos quatre larrons sont bien portants, ont de bonnes situations et des épouses fort sexy. Mais ils ne s'en contentent pas, car ce sont des russes. Et oui ! Quand on a du fric en Russie, on couche avec tout le monde, sauf sa légitime. La fidélité est une chose incongrue. La tentation est trop grande et les demoiselles ont la jambe légère devant "un vrai homme". Denrée rare, sans doute ? Toujours est-il que nous autres occidentaux observons les doutes et les frustrations de ces quatre machos avec envie : si seulement nous avions leurs problèmes...

lundi 5 avril 2010

Fiancée à tout prix (2010) hilarant ! ****


C'est la comédie dont nous avions besoin pour nous réconcilier avec le genre léger. Si vous n'explosez pas une dizaine de fois pendant ce film de Dmitri Gtrachev, de deux choses l'une : soit vous êtes un pisse-froid incurable, soit vous êtes trop loin de Moscou pour comprendre. Невестой Любой Ценой transpire du cynisme et de l'arrogance baignant Corporate Russia. Comme le résume notre héro interprété par Pavel Volya, "Je n'ai pas changé : je suis prêt à marcher sur la tête de n'importe qui, je suis prêt à tout pour arriver à mes fins". Egoïste brutal et totalement décomplexé, son seul conflit interne tient lieu entre la satisfaction de ses besoins libidineux et son objectif professionnel. Entre sauter la copine de l'oligarque-mafieux investisseur principal et se faire élire vice-président, il choisit la blonde (et son infect clébard de poche). Pendant ce temps, son alter ego féminin (Lubov Tolkanina, dans une performance pas loin d'égaler la Nicole Kidman de "Prête à tout") manœuvre entre les lits pour lui piquer sa place.
Le thème des "Liaisons Dangereuses" plane derrière ce film, pour la énième fois, sans lasser cette fois-ci. La cruauté du personnage principal n'est même pas masquée par le rire. Il est tel qu'il est, ne s'en cache pas, et cette absence complète d'hypocrisie rachète ses fautes. Après tout, l'auteur n'a pas cru bon - et on l'en remercie - de coller une fin moralisatrice, ni même une happy-end. Ce n'est qu'un cycle. Faites juste en sorte de ne pas laisser votre copine à portée de Pavel Volya.

Montage ultra rapide, caméra à la Guy Ritchie, enfilade de gags à la Jim Carrey, Невеста любой ценой décoiffe aussi sur le plan formel et vole nettement au-dessus du reste de la production de comédies légères russes. L'influence évidente de Jim Carrey sur Pavel Volya est plutôt une bonne chose, car elle apporte un plus et ne tombe pas comme un plagiat collé sur une mauvaise bobine. La musique est trop présente, mais elle n'est pas là pour vendre un disque, elle est utilisée au second degré et se distingue aussi par sa cohérence (2 groupes jouent des morceaux spécialement composés pour le film, tous chantés en anglais).
Du cinéma cynique pour moscovites cyniques.

mercredi 31 mars 2010

Bouben Baraban ****


Pas grand chose à se mettre sous la dent ces derniers mois. Est-ce une conséquence de la crise économique (les producteurs russes ont fortement souffert du gel des crédits bancaires) ou bien une lassitude de ma part ? Je n'exclue rien. Toujours est-il que l'apparition d'un film d'auteur brise la monotonie des comédies baveuses et des thrillers patriotiques que les distributeurs veulent bien présenter au public.

Bouben Baraban est un énième produit du cinéma social post soviétique. Pas un chef-d’œuvre, mais pas un film non plus qu'on oublie aussitôt. XXX, une bibliothécaire de province (Sibérie, plus exactement) se morfond dans son célibat et dans la semi-misère où sont maintenus les fonctionnaires de bas rang. Surgit à l'improviste un militaire veuf sans peur ni reproche, droit sur sa morale militaire et inflexible quant au respect de la loi. Il part derechef à l'abordage de XXX, qui, devant une proposition aussi inespérée, cède et fond aussitôt. Mais notre officier décati apprend que XXX vend les livres de sa bibliothèque (propriété du peuple) à tout va pour subvenir à ses besoins. Il rompt et précipite XXX au bord de l’abime...

Des acteurs impeccables, une direction peu inventive mais efficace, une belle et triste histoire à mille lieues des mélodrames bourgeois dont les moscovites se gavent à n'en plus finir. Je n'irai pas jusqu'à dire que le sujet soit d'une grande fraicheur, mais je soulignerai la sincérité du propos, la finesse dans l'élaboration des personnages et dans leurs interaction, le réalisme enfin. La Sibérie profonde telle qu'elle vit loin de nos yeux et de nos cœurs.