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dimanche 20 février 2011

Овсянки - Le dernier voyage de Tania (2010) sombre mystification ****


Deux hommes, un mari et un amant rêvé, enterrent Tania selon un rite ancestral imaginaire. On ignore les raisons de la mort de Tania, mais on apprend les détails de la passion du mari pour la rondelette et féminine Tania. Tous trois vivaient dans la ville industrielle de Neïa, Nord de la Russie. Le rite les fait quitter cette ville à tout jamais.
Ce sombre road movie (très à la mode en ce moment de tourner des road movies... certainement depuis que tous les russes peuvent s'acheter une bagnole) plonge le spectateur dans les frigides paysages du Nord, forêts, lacs, rivières, églises pointant leurs clochers abîmés dans la brume. Et surtout dans les cerveaux à moitié gelés de deux hommes russes, l'un retourné par la mort de son épouse, l'autre qui revit la mort de son père. Les émotions restent enfouies, leurs actes modérément rationnels.
C'est évidemment un très beau film, méditatif, sur le sens des traditions et l'attachement qu'on a pour elles, fussent-elles totalement archaïques ou imaginaires. Film sur le deuil et le retour à la vie, sur le désir d'immortalité, et sur le fossé abyssal entre les méandres de l'âme russe et la terrible banalité du monde matériel (intéressant voyage dans un caddie d'Auchan).
On reste quand même dans la catégorie des films d'auteur modestes. Pas de volonté de mettre en cause l'ordre, pas de grandes ambitions, pas de claques assenées à droite à gauche. Surtout un magnifique travail d'opérateur, qui a été remarqué et récompensé à Venise.

dimanche 21 novembre 2010

Счастье моё / Ma Joie (2010) Au coeur des ténèbres *****


  • Drame de Sergueï Loznitsa, avec Виктор Немец, Владимир Головин et Ольга Шувалова
Difficile de donner une image plus sombre de la Russie. Un mystérieux passager prend place aux côté d'un camionneur (notre personnage principal) et lui raconte les circonstances dans lesquelles il a perdu son identité. A partir de là, notre camionneur et sa cargaison vont de déboires en déboires, s'enfonçant dans le bourbier russe, comme si une malédiction pesait sur cette terre et sur ces hommes.

Ma joie démarre comme un road movie, mais le camion s'enlise rapidement dans les marécages. Des personnages sinistres et maléfiques monopolisent la caméra et mettent en pièce tout espoir.



Sergueï Loznitsa est un documentariste de nationalité ukrainienne. Ma Joie est sa première fiction. Le film a été remarqué par les critiques dans plusieurs festivals (Kinotavr et Rotterdam). C'est indéniablement un bon film qui va à contre courant des efforts russes pour améliorer l'image du pays. Tous les clichés y passent : criminalité omniprésente, pauvreté  obscène de la Russie profonde, corruption totale des forces de l'ordre, prostitution des jeunes filles, absence de compassion et de solidarité... pas un pour racheter l'autre. Sont-ce réellement des clichés ? "C'est exagéré, tout est exagéré" me dit ma compagne moscovite, qui n'a guère arpenté la Russie profonde (gloubina). Loznitsa aura du mal à trouver des fonds en Russie ou en Ukraine pour tourner des films, et il a fait preuve d'un certain courage pour monter ce film d'une noirceur comparable seulement à Grouz 200 de Balabanov. Qu'importe, il aura des financements européens, car son talent est indéniable pour élever un destin tragique au rang de fable. La critique sociale explose aux yeux du spectateur. C'est un film moraliste, à l'inverse de Twentynine Palms auquel il ressemble, du moins par sa fin. Les deux flashbacks dans le passé stalinien du pays indiquent clairement au spectateurs où se trouvent, selon Loznitsa, les racines du mal. En revanche, rien n'indique l'existence d'une quelconque possibilité de guérison.

C'est un film terrifiant. Tout est absolument réel, familier à ceux qui connaissent le pays. Ma Joie serait à la Russie rurale ce que les Dents de la Mer sont aux plages de Floride si le pays avec un tant soit peu d'attrait pour les touristes. Mais seule une poignée de secoués comme moi ressentent le besoin de s'aventurer au-delà du périphérique de Moscou.

mercredi 7 avril 2010

De quoi parlent les hommes (2010) ****


"О чем говорят мужчины" est une comédie d'essence soviétique, bourrée de clins d'œil aussi ésotériques pour l'Occidental qu'ils sont évidents au sovok (personne née en URSS), même de bas âge. Dmitri Dyatchenko et Rostislav Haït ont imaginé une comédie assez réussie mais prévisible, jonglant avec les clichés du vaudeville russe et pour cette raison difficilement exportable. 4 amis mâles juste en dessous de la quarantaine partent ensemble en voiture de Moscou à Odessa pour un week-end de bacchanales. Un seul d'entre eux n'est pas marié (il répète plus souvent qu'à son tour : "c'est pour cela que je ne me suis pas marié").Les compères s'échappent de leurs couples respectifs pour rouspéter tant qu'ils peuvent contre les bonnes femmes. Et de deviser sur l'impossibilité et du grand danger qu'il y aurait à ne pas tromper sa femme. Une vision mâlocentriste, totalement phallocrate et décomplexée de la question, le genre de film qu'il est absolument impossible de tourner en France. Je m'imagine sans peine la vague de haine qu'un tel film soulèverait dans l'hexagone, où de tels discours ont disparus des grands écrans depuis 30 bonnes années. La Russie ayant émoussé au fil des années ma sensibilité au "politiquement incorrect", j'ai beaucoup rit et me suis un peu ennuyé aussi car le "road-movie" n'est pas du tout une spécialité russe et le film manque de rythme. La réflexion n'est pas poussée bien loin, car nos quatre hommes sont tous bien dans leur peau et ont accès sans peine aux dessous de jolies filles deux fois plus jeunes qu'eux.

La culmination du film est un fantasme de Haïm (avec gros clin d'oeil à Fellini) où il fête son anniversaire sur un bateau. Les invités : toutes les filles avec qui il a couché. Elles sont rayonnantes, l'adorent. Au cours de la célébration, il prend le micro et leur présente... son épouse "certaines d'entre vous ignoriez même son existence" lâche-t-il, sans ironie. L'épouse légitime est attendrie de tant d'honneurs. Tombant nez à nez avec sa meilleure amie, elle ne reproche à Haïm que de l'avoir trompée dans un hôtel proche de son domicile ("j'étais en vacances à ce moment-là") alors qu'il aurait pu économiser l'argent de la chambre pour lui acheter une fourrure...

Nos quatre larrons sont bien portants, ont de bonnes situations et des épouses fort sexy. Mais ils ne s'en contentent pas, car ce sont des russes. Et oui ! Quand on a du fric en Russie, on couche avec tout le monde, sauf sa légitime. La fidélité est une chose incongrue. La tentation est trop grande et les demoiselles ont la jambe légère devant "un vrai homme". Denrée rare, sans doute ? Toujours est-il que nous autres occidentaux observons les doutes et les frustrations de ces quatre machos avec envie : si seulement nous avions leurs problèmes...