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dimanche 15 octobre 2017

Aritmia (Аритмия), mais synchro quand même ***

Oleg boit comme un trou, sape son couple, défie l'autorité, le bon sens : un comportement auto-destructeur dostoïevskien archétypal. Oleg est médecin d'urgence à Yaroslavl, pas un boulot de rêve, mais utile à la société. Au fond, c'est un type bien, donc en décalage avec le reste du monde.
Sur cette trame déjà parcourue en long et en large par une floppée de concitoyens écrivains, dramaturges et cinéastes, Boris Khlebnikov nous dépeint la Russie provinciale contemporaine, comme dans tous ses films précédents. Avec le même acteur principal (Alexandre Yatsenko).
Là dessus, la critique sacre Aritmia "film de l'année", grand prix de Kinotavr et meilleur acteur pour Yatsenko.



Quelque chose m'échappe. Derrière ce banal mélo, aucun portrait global de la Russie, aucune mise en abîme ni arrière-pensée métaphysique, rigoureusement rien qui n'ait déjà été cent fois monté, dit, entendu. Des routes dégueulasses, des automobilistes indifférents ne laissant pas passer l'ambulance ; des parents irresponsables ; un supérieur incompétent, cynique et brutal. On ne voit pas plus loin que le bout du nez d'Oleg. Quelques blagues (les précédens films de Khlebnikov étaient plus cocasses), d'innombrables scènes de beuverie et de gueules de bois tristes. En toile de fond, des hôpitaux proprets (suspicieusement très propres, avec du mobilier neuf, etc). Au fond, le film est parfaitement raccord avec son financeur : le ministère de la culture de la fédération russe. Amen.

dimanche 22 décembre 2013

Une longue vie heureuse (долгая счастливая жизнь) seul contre tous ****

Boris Khlebnikov nous emmène de nouveau dans la Russie profonde, coincée entre la misère, la lâcheté et la corruption. Sasha, un jeune entrepreneur honnête, décide d'aider des fermiers contre un investisseur décidé à racheter leurs lopins de terre et les mettre au chômage. Mais tout le monde se débine et Sasha reste seul face aux vautours.


Cinéma social, réalisme, c'est ce que Khlebnikov sait le mieux faire, avec son acteur fétiche Alexandre Yatsenko. Ce dernier joue à merveille, mais ça manque un peu de rythme et d'originalité. Le film a au moins le mérite de parler de vrais problèmes et de dire les choses telles qu'elles sont. C'est émouvant de voir tant d'énergie dépensée pour un cinéma quasiment privé de public.

Fiche complète sur Kinoglaz

lundi 19 novembre 2012

Jusqu'à ce que la nuit nous sépare (Пока ночь не разлучит) comédie de moeurs ***

Fiche complète sur kinoglaz.fr

Boris Khlebnikov (Koktebel, Nage libre, Aide folle) signe ici un film peu passionnant, mais qui passe vite. Lorsque la grande baston finale clôt le film, on se demande encore quand est-ce qu'il va passer le prologue. Le film se base sur des bribes de discussions récoltées dans un grand restaurant moscovite. Vous allez donc, spectateurs, observer ce qui préoccupe la classe russe aisée. C'est d'autant plus paradoxal, car Khlebnikov est complètement fauché, n'a pas payé ses acteurs (leur promettant simplement un pourcentage au cas où le film gagne de l'argent). Ce qui n'est évidemment pas le cas. A sa décharge, ils ont tous des rôles minuscules et faciles (j'imagine que certains étaient prêts à payer pour pouvoir se friter légalement entre acteurs !).


Khlebnikov nous avait habitué à filmer plutôt les Russes fauchés, perdus, grillés ou qui se dirigent à grands pas vers une situation complètement désespérée. Est-ce par désespoir de ne plus trouver de financements pour ses films qu'il s'est résolu à filmer l'univers glamour des gens friqués ? La rage qui saisit les clients du restaurant illustre plutôt à la sienne, de cinéaste, dans un pays tombé entre les mains de personnes préoccupées uniquement par la réussite matérielle. Où on en est réduit à filmer à l'oeil des acteurs célèbres parce qu'il n'est pas possible de financer correctement le cinéma d'auteur.

lundi 1 février 2010

Сумасшедшая помощь (2009) Aide de démence ***


Сумасшедшая помощь (2009) de Boris Khlebnikov

Doux, simplet et très fainéant, Evgueni débarque à Moscou de sa Biélorussie tranquille pour gagner un peu d'argent. Des gredins à peine plus intelligents lui subtilisent rapidement téléphone, argent de poche et papiers. Evgueni se résout à dormir sous les ponts, quand vient à son aide un aimable retraité perclus d'idées incongrues. Evgueni trouve un toit grâce à ce vieil homme qui l'a pour toujours perdu (jeu de mots russe, où toit = raison) et partage ses fantaisies avec une totale passivité. Mais la bonté est une chose rarissime à Moscou et l'aide folle ne restera pas impunie...

Khlebnikov défend le cinéma social avec une touche de fantaisie. Mais ça manque de peps, d'humour et, au fond, de délire. On s'ennuie un peu et la fin n'est certainement pas aussi astucieuse qu'elle prétend l'être. Pas un mauvais film, mérite d'y jeter un coup d'oeil, mais on espère que Khlebnikov va un peu muscler ses futurs scénarios.

mercredi 16 décembre 2009

Korotkoe Zamykanie *****


5 jeunes réalisateurs pètent les plombsTrailers (Трейлеры) & Photos du film (Кадры из фильма)

5 courts métrages, 5 histoires d'amour traitées par 5 jeunes réalisateurs russes grimpant rapidement vers le faîte de leur carrière. Tous possèdent déjà un style extrêmement personnel. Qui a vu leurs films identifie dès les premières scènes leurs auteurs respectifs. Le montage prend soin de placer le générique à la fin de chaque court métrage, permettant ainsi au spectateur de s'exercer à identifier le réalisateur.

Khlebnikov narre l'idylle ratée d'un mélancolique fataliste dans une ambiance prolo et provinciale. Cinéma social, cinéma réaliste et humour désespéré.

Vyrypaïev imagine la vidéo de vacance d'une jeune fille polonaise en week-end à Moscou. Un exercice léger, découverte d'un Moscou estival, absurde, poétique et festif. Un clin d'oeil à l'esprit Russe, qui s'amuse de ne pas être compréhensible par l'étranger.

Bouslov plonge dans le tragique. Un cordonnier sourd-muet écorché vif (au figuré, puis plus tard au sens propre) tombe amoureux d'une paire de guibolles propriétaire des ravissants mocassins blancs qu'il répare. Sa raison se dissolve rapidement dans l'amour à sens unique. C'est noir, intense et bien plus intéressant que les deux premiers long métrages de Bouslov (série des Boomers)...

Guerman, styliste alambiqué, nous entraîne dans un hôpital psychiatrique oublié, délabré, dont l'ambiance désespérante corrompt les esprits au bout de quelques heures. Triste et brumeux comme les rives moldaves du Danube où le film a été tourné.

Serebrennikov réalise un tour de force tragi-comique. Un jeune homme déguisé en crevette pour faire la réclame d'un restaurant décide d'adopter une méthode radicale pour attirer le chalant. Mais en offrant trop d'amour aux passants, il récolte le contraire, avant de découvrir l'amour sous les traits d'une naïade victime d'un autre amour excessif... Bourré de clins d'oeils cinématographiques, littéraires, Serebrennikov termine en beauté la série avec cet exercice de style hilarant.

Filmographie des réalisateurs :
Boris Khlebnikov (Koktebel, Nage libre, Aide de démence)
Piotr Bouslov (Boomer, Boomer 2)
Ivan Vyrypaïev (Euphoria, Meilleur moment de l'année, Antonina s'est retournée, oxygène)
Alexeï Guerman Jr. (dernier train, Garpastum, Soldat de papier)
Kiril Serebrennikov (incarnation de la victime, Raguine, Le jour de Iourev)