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dimanche 10 novembre 2019

Text (Текст, 2019) : Châtiment et Crime ***

C'est Dostoïevski à l'envers. D'abord le châtiment, puis le crime. À cause d'un jeune commissaire des stups (Piotr), issu d'une famille disposant de leviers haut placés. Au-dessus des lois, Piotr fourre de la drogue dans la poche d'un étudiant (Ilia) pour le faire condamner à 7 ans de prison. Quand ce dernier sort, sa mère vient de décéder ; il est seul au monde et décide de se confronter à Piotr.



"Ce n'est pas encore du cinéma d'opposition, mais c'est déjà du cinéma en colère", note le quotidien Vedomosti. Text parle d'une vie broyée par un représentant des structures de sécurité, selon un schéma  courant : emprisonner des innocents parce qu'ils gênent le pouvoir, ou bien simplement pour favoriser son avancement de flic.

Mais on sent que le réalisateur Klim Chipenko arrondit les angles pour ne pas en faire un film politique. Ainsi, Piotr aurait eu des remords, dixit sa mère. Il a des circonstances atténuantes : un père policier arriviste et sans scrupule qui l'a entraîné dans la police alors qu'il voulait être avocat. Piotr aimait sa copine et était sur le point de devenir père. L'histoire est tirée vers un cas individuel pour éviter une posture militante. Peut-être surtout pour ne pas se mettre à dos la police russe, ne pas être la cible d'attaques. Le drame central du film se fonde pourtant un problème systémique de grande ampleur. Qui a poussé en juin 2019 des dizaines de milliers de moscovites en réaction à une ènième affaire de stup fabriquée contre le journaliste d'investigation Golounov. Notez la ressemblance évidente avec le nom de famille d'Ilia (Goriounov).

A contrario du cas Golounov, Ilia choisit d'agir seul, en réglant des comptes personnels sans chercher à attaquer le système. Ce qui l'amène logiquement dans une impasse et à être liquidé comme un rat par la police. Un destin très russe.



Sur le plan cinématographique, l'intrigue (basé sur un excellent scénario de Dmitri Gloukhovsky) est rondement menée, parfois haletante grâce à un montage complexe, entrelaçant parfois jusqu'à 3 narrations parallèles. Le collectif des acteurs est assez inégal, faiblard du côté des rôles féminins (excepté la mère d'Ilia). Écrasante, la bande sonore gâche plusieurs séquences, surtout la fin, trahissant un manque d'imagination du réalisateur, ou son incapacité à éviter les clichés.

dimanche 15 octobre 2017

Aritmia (Аритмия), mais synchro quand même ***

Oleg boit comme un trou, sape son couple, défie l'autorité, le bon sens : un comportement auto-destructeur dostoïevskien archétypal. Oleg est médecin d'urgence à Yaroslavl, pas un boulot de rêve, mais utile à la société. Au fond, c'est un type bien, donc en décalage avec le reste du monde.
Sur cette trame déjà parcourue en long et en large par une floppée de concitoyens écrivains, dramaturges et cinéastes, Boris Khlebnikov nous dépeint la Russie provinciale contemporaine, comme dans tous ses films précédents. Avec le même acteur principal (Alexandre Yatsenko).
Là dessus, la critique sacre Aritmia "film de l'année", grand prix de Kinotavr et meilleur acteur pour Yatsenko.



Quelque chose m'échappe. Derrière ce banal mélo, aucun portrait global de la Russie, aucune mise en abîme ni arrière-pensée métaphysique, rigoureusement rien qui n'ait déjà été cent fois monté, dit, entendu. Des routes dégueulasses, des automobilistes indifférents ne laissant pas passer l'ambulance ; des parents irresponsables ; un supérieur incompétent, cynique et brutal. On ne voit pas plus loin que le bout du nez d'Oleg. Quelques blagues (les précédens films de Khlebnikov étaient plus cocasses), d'innombrables scènes de beuverie et de gueules de bois tristes. En toile de fond, des hôpitaux proprets (suspicieusement très propres, avec du mobilier neuf, etc). Au fond, le film est parfaitement raccord avec son financeur : le ministère de la culture de la fédération russe. Amen.

mercredi 16 novembre 2016

Sous les rayons du soleil (В лучах солнца) Les coulisses poisseuses de la Corée du Nord

Vitali Manski a réussi l'exploit de tromper les propagandistes de Corée du Nord en prétendant filmer un documentaire sur la vie merveilleuse d'une jeune fille modèle, en suivant à la lettre un script écrit par PyongYang. En laissant tourner sa caméra en dehors du script, il a sauvé des images montrant l'envers du décor.

Second exploit, Manski a pu diffuser son film dans quelques salles moscovites, malgré une circulaire menaçante du ministère de la culture de Moscou. Plusieurs salles ont décliné, d'autres ont eu le courage de projeter ce film au public. Moscou craint-il le courroux de PyongYang (extrèmement mécontent évidemment d'avoir été piégé) ou s'est elle effrayée qu'on puisse tracer des parallèles avec la propagande russe ?

Sous les rayons du soleil suit le quotidien d'une jeune fille nord coréenne sous les conseils obtus d'un commissaire politique et d'un groupe de propagandistes sous doués. Manski ne nous épargne pas les répétitions, les prises ratées et le lavage de cerveau allant de pair avec l'imbitable idéologie "Juche" s'infiltrant dans tous les recoins de l'existence. C'est assez pénible et soporifique.
L'un des aspects les plus réussit du film est la capture des émotions de la jeune fille, quand son esprit lutte contre le lavage de cerveau et contre le desespoir d'une vie totalement morne. Les adultes portent tous un masque Juche excluant toute émotion sincère.
Manski réussit une belle photographie entre les images volées et les cadres pompeux, les travellings astucieux et les gros plans insidieux. Ayant moi-même mis les pieds en Corée du Nord, j'imagine l'étroitesse du contrôle sur l'équipe russe, car les plans volés sont rares et la saleté, la misère et l'arriération du pays se voient finalement assez peu dans le montage final.
Le point noir du film est sa musique originale : un quatuor à corde jouant une partition romantique larmoyante et sans imagination, qui aurait pu accompagner un documentaire sur la Baltique, mais certainement pas les coulisses d'un monde à la fois cauchemardesque, exotique et totalement gris. Par contraste, les percussions traditionnelles nord coréennes entendues lors des leçons de danse sont infiniment plus riches et illustratives du propos.

mardi 10 décembre 2013

Le géographe a picolé tout le globe (Географ глобус пропил) ***

Perm, Oural. L'épouse de Victor, une harpie, le quitte pour son meilleur ami. Il n'a pas un sou et s'engage dans l'enseignement, une vraie galère. Prof de géographie, il déteste la classe et s'imbibe de plus en plus. Il touche le fond au cours d'une sortie rafting facultative avec quelques élèves.

Tragicomédie provinciale emmenée par le très populaire acteur Konstatin Khabenski et réalisée par le médiocre Alexandre Veledinski, dont c'est de loin le meilleur film (ses oeuvres passées sont inregardables). On y retrouve une Russie provinciale oscillant entre la vodka et l'ennui, vaudeville et sentimentalisme. Le personnage de Victor est bien sympathique, on compatit aux malheurs qu'il boit jusqu'à la lie. Mais finalement, n'a-t-on pas déjà vu ce film dix fois, cent fois ? Que nous dit-il de nouveau sur la vie, la Russie, aujourd'hui ? Rien. Un moment agréable, sans longueurs, mais sans grandes émotions ni crise d'hilarité. Point de catharsis.



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lundi 9 décembre 2013

Parties intimes (Интимные места) misère sexuelle et cinématographique ***

Tentative d'analyse des problèmes sexuels d'aujourd'hui, ratée car dépourvue d'humour et d'originalité. Natalia Merkoulova et Alexeï Tchoupov ont tenté de faire du cinéma d'auteur à l'européenne, mais le traitement reste prévisible et surtout ennuyeux. C'est filmé "à la Zvyaguintsev", c'est à dire lentement, avec des dialogues réduits au minimum, une photographie aussi sombre que possible. Les personnages sont bâtis sur des clichés : psychologue pervers, vieille fille puritaine et obsédée, mari impuissant homosexuel, etc. Faux départ pour les jeunes réalisateurs. C'est par contre joué correctement. Certains rôles exigent beaucoup de nudité, avec des corps forts éloignés des canons esthétiques actuels, et qu'on a peu l'habitude de voir à l'écran. Mais cette audace ne rachète pas le reste. Le film manque du courage nécessaire pour remonter à la source de la misère sexuelle. Dans la lignée des films de von Trier et de "Shame", "Parties intimes" montre le sexe de manière univoque, comme une source de honte, de problèmes, de souffrances. On regrette le cinéma des années 70 (Fellini, Meyer, Visconti, Ferreri, etc), celui de la Movida et de la Perestroïka, qui en disait davantage sur le sexe mais sans le vouer systématiquement aux gémonies.

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vendredi 6 décembre 2013

Gorko ! (Горько!) Collision fâcheuse entre Dogma et une comédie locale - ***

Le jeune réalisateur Jora Kryvojnikov filme un mariage dans la région de Krasnodar (Sud de la Russie) à la manière de Vinterberg dans Festen. A la "Dogma", caméra à l'épaule, montage basique, raccord-temps. Le cinéma populaire russe peut-il se marier avec l'avant-garde européenne ? Pourquoi pas... Dogma est depuis longtemps sorti de l'avant-garde. Avec un scénario solide et de bons acteurs, le résultat aurait pu être convaincant. Mais Gorko ! ("amer" - c'est ce que les invités hurlent aux jeunes mariés pour les forcer à se rouler des pelles) ne parvient pas à se hisser au-dessus de la masse des comédies russes destinées à la télé. Les acteurs manquent d'épaisseur, surtout le jeune couple (elle est l'épouse de Kryvojnikov). Au fond, c'est un film utile à regarder avant d'être invité à un mariage russe. Vous êtes préparés psychologiquement. "Mariage" de Lounguine, était bien plus drôle et tragique en même temps. C'était une plongée remarquablement précise et honnête dans la Russie effondrée des années 90. Gorko! est aussi un quasi-remake de la comédie britannique The Wedding Video sortie en 2012.

Gorko ! a fait un carton au box office russe. A coûté un million de roubles pour en rapporter (après juste deux semaines en salles) 25 millions. C'est sa qualité principale.

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samedi 30 mars 2013

Pour Marx (За Маркса...) Retour du cinéma politique ***

C'est un thème traditionnel du cinéma politique : une usine, des licenciements, un syndicat indépendant, un patron ignoble, une répression sanglante, un pouvoir complice. Un traitement qu'on n'avait pas vu depuis longtemps sur les écrans russes.

Et ce titre "Pour Marx", promesse de tirades idéologiques. Ce n'est fort heureusement pas le cas. De Marx, il reste la lutte des classes et cette interrogation centrale, verbalisée au milieu du film, par un des personnage principaux : "Le patron et nous, faisons-nous partie du même peuple ?". La question du syndicaliste reste en suspend, mais le film répond clairement " Non !"

Et pourtant... le jeune patron irascible et meurtrier est le fils du gouverneur de la région, un homme fatigué de ses propres péchés, et qui veut renouer avec son premier fils, qu'il a abandonné il y a bien longtemps. Ce fils secret se trouve être le cerveau de la rébellion syndicale. Et donc demi-frère du patron. Et sa victime. D'où cette ambiguïté : unité de famille, mais pas de peuple.



Nous assistons à la démolition physique d'une cellule syndicale par le patron de l'entreprise métallurgique. A coups de revolvers, de couteau, écrasée par un camion. Des éliminations physiques dans la plus parfaite impunité. Tout le monde sait qui est le coupable, mais la réaction de la famille de l'une des victimes est d'agresser un des syndicalistes restant (en le jetant vivant dans une fosse tombale fraîchement creusée). Il ne faut pas ouvrir la boîte de Pandore.

Le film appartient à la catégorie des désespérants. Il m'a fait penser à "Ice" de Robert Kramer (1970), bien qu'il soit dépourvu d'éléments d'avant-garde. Mais l'atmosphère est identique, à cause de la violence implacable de l'oppresseur, de l'impasse et de l'isolement complet où se trouvent rapidement coincés les protagonistes.

La réalisatrice Svetlana Baskova prend bien soin de ne pas faire remonter l'accusation au-delà de la "famille" du gouverneur. Pas d'allusion à Poutine ou au Kremlin. Il s'agit d'une situation archétypale de la Russie de ces 20 dernières années, avec un patron diabolisé et des ouvriers désorganisés par des syndicats collabos. Une seule accusation dépasse le cadre région/usine pour atteindre un plan historique. Le gouverneur est qualifié de traître pour n'avoir pas soutenu le "Putsch de Moscou" des généraux du KGB en août 1991. Signe - mais je peux me tromper - que la réalisatrice regrette profondément la fin de l'URSS. Le titre un peu gratuit du film sonne comme un cri strident d'engagement politique par dessus un film plus discret.

Pour Marx possède d'autres éléments discutables, comme la trop longue tirade d'un des syndicaliste sur le cinéma français de la "Nouvelle Vague". Baskova s'acharne à vouloir nous dépeindre les syndicalistes d'usine comme le sel de la terre, comme la véritable intelligentsia russe, sans réaliser que cette insistance finit par sombrer dans le ridicule.

Et malheureusement, la fin - que je m'abstiens de dévoiler - s'affale dans le grotesque.

Visiblement tourné avec trois bouts de ficelle, Pour Marx est promis à une carrière en salle des plus modestes. Il n'était programmé que dans trois salles moscovites, et dans les trois cas - c'est un comble - sous forme de DVD/projecteur de bureau. Les producteurs n'ont même pas trouvé assez d'argent pour sortir des bobines ! Et pourtant, le film a été projeté dans une dizaine de festivals, dont la Berlinale 2013. Le retour du cinéma politique en Russie se fait donc dans la plus grande discrétion.

Fiche complète du film sur Kinoglaz

lundi 19 novembre 2012

Jusqu'à ce que la nuit nous sépare (Пока ночь не разлучит) comédie de moeurs ***

Fiche complète sur kinoglaz.fr

Boris Khlebnikov (Koktebel, Nage libre, Aide folle) signe ici un film peu passionnant, mais qui passe vite. Lorsque la grande baston finale clôt le film, on se demande encore quand est-ce qu'il va passer le prologue. Le film se base sur des bribes de discussions récoltées dans un grand restaurant moscovite. Vous allez donc, spectateurs, observer ce qui préoccupe la classe russe aisée. C'est d'autant plus paradoxal, car Khlebnikov est complètement fauché, n'a pas payé ses acteurs (leur promettant simplement un pourcentage au cas où le film gagne de l'argent). Ce qui n'est évidemment pas le cas. A sa décharge, ils ont tous des rôles minuscules et faciles (j'imagine que certains étaient prêts à payer pour pouvoir se friter légalement entre acteurs !).


Khlebnikov nous avait habitué à filmer plutôt les Russes fauchés, perdus, grillés ou qui se dirigent à grands pas vers une situation complètement désespérée. Est-ce par désespoir de ne plus trouver de financements pour ses films qu'il s'est résolu à filmer l'univers glamour des gens friqués ? La rage qui saisit les clients du restaurant illustre plutôt à la sienne, de cinéaste, dans un pays tombé entre les mains de personnes préoccupées uniquement par la réussite matérielle. Où on en est réduit à filmer à l'oeil des acteurs célèbres parce qu'il n'est pas possible de financer correctement le cinéma d'auteur.

samedi 13 octobre 2012

4 дня в мае (4 jours en mai, 2011) hérésie au culte patriotique ***

Ils sont dressés sur leurs ergots. Fulminent contre un film présentant l'armée rouge sous un angle peu honorable. Tous les bien-pensants que compte la Russie d'aujourd'hui, enrubannés dans leur Saint-Georges orange marron, versant des larmes de crocodile sur les vétérans de la Seconde Guerre Mondiale (qu'on appelle à Moscou, il est toujours utile de le rappeler, la "Grande Guerre Patriotique"), le doigt sur la couture du pantalon dès qu'un pompeux discours sur ce thème est prononcé par les vaillants chefs guerriers du Kremlin. Les derniers vétérans crèvent dans la misère, mais le culte soviétique, lui, est bien agressivement vivant.
Voilà pour le contexte expliquant la polémique insensée autour de ce modeste film germano-russe , où l'on suit une poignée de soldats de l'Armée Rouge chargés de (l'impossible) mission d'arrêter tout un détachement de la Wehrmacht, au lendemain de la capitulation nazie. Ces derniers n'ont ni envie de combattre, ni envie de se retrouver prisonniers de Staline, pour être envoyer en Sibérie. Ils tentent de rejoindre le Danemark pour y être fait prisonniers par les Américains. Là-dessus, un très antipathique général de l'Armée Rouge survient avec sa division blindée et entreprend de violer quelques filles allemandes dodues, ce qu'un supra vertueux colonel vétéran, commandant la poignée de soldat sus citée, l'empêche de faire. Par la force.
On sait que des centaines de milliers de viols d'allemandes ont été commis par les soldats de l'armée rouge après la capitulation. Que ces crimes ont été couverts par Staline lui-même ("il faut laisser nos soldats se divertir"), refusant d'instaurer dans l'armée triomphante un code de conduite digne vis-à-vis des populations civiles occupées. C'est vrai que les Rouges n'auraient de toute façon jamais pu égaler les Boches en terme d'ignominie, mais en termes moraux, ce crime de Staline a eu de nombreux échos plus tard... c'est un autre sujet.
Toujours est-il que le film a été attaqué de toutes parts non sur ses qualités cinématographiques (modestes, acceptables), mais sur l'absence de "preuve historiques des événements décrits". Un argument pour le moins paradoxal, s'agissant d'une oeuvre de fiction. En outre, il n'y a qu'un seul soldat de l'Armée rouge qui soit antipathique dans le film (un général, il est vrai), tandis que le groupe des huit soldats défendant les civils allemands fait preuve d'héroïsme désintéressé (ils savent que le NKVD leur réserve une place au Goulag). Le comportement très digne du détachement de la Wehrmacht ulcère beaucoup de monde, c'est vrai que c'est un choix controversé, car les faire apparaître uniquement sous un jour positif n'est pas habituel (ni même vraiment justifiable). Après tout, le film ne raconte pas la guerre, mais uniquement les 4 journées qui ont suivies la capitulation, et dans un périmètre précis (la côte balte).
Que dire de l'aspect artistique ? C'est bien joué, réalisé avec précision, de facture traditionnelle. Usage de la musique très bateau. Belle photographie. Jeu inégal des acteurs (Gouskov est bien sûr irréprochable), surtout du côté allemand. Un film qui somme toute ne se justifie qu'à cause d'un trou de mémoire côté russe.

Режиссер: Ахим фон Боррис
Продюсеры: Алексей Гуськов, Олег Степаненко
Сценарий: Ахим фон Боррис, Эдуард Резник
Оператор: Бернд Фишер
В ролях: Алексей Гуськов, Григорий Добрыгин, Андрей Мерзликин, Павел Вензел, Сергей Легостаев

jeudi 11 octobre 2012

Дирижёр (Chef d'Orchestre, 2012) Lounguine s'enfonce dans le pafos ***

Un célèbre chef d'orchestre russe se rend à Jérusalem pour diriger la Passion selon Matthieu (pas celle de Bach, malheureusement) et accessoirement pour y enterrer son fils, qui vient de s'y suicider. Parallèlement, un chanteur du concert drague une touriste blonde qui va périr dans un attentat-suicide.
C'est le 4ème film de suite du formidable Pavel Lounguine... à n'être pas formidable du tout. Il n'y a plus d'humour, plus d'absurde, plus de réalisme. Toutes ces qualités ont été remplacées par une pesante religiosité, tourments de l'âme dostoïevskiens, et une solennité qui était jusqu'à "parents pauvres" totalement absente de son oeuvre. Quel dommage ! Les acteurs sont toujours bien choisis et dirigés, mais on regarde ce film sans plaisir. Mais je garde espoir, je pense qu'il reviendra un jour à l'humour et au réalisme décapant du début de sa carrière.
Et cette musique, sur laquelle est construite le film, la musique exécutée lors du concert de Jérusalem. Cette musique déborde de partout, noie le film du début à la fin dans un gluant et pompeux pastiche de Jean-Sébastien Bach. Le Mitropolite Ilarion est l'auteur de cette nouvelle "passion selon Saint-Matthieu" et c'est vraiment triste. D'être à ce point réactionnaire, laborieux, dépourvu d'imagination. Ce ne sont que des marches harmoniques "à la...", du contrepoint besogneux. Nullissime ! Comment Lounguine a-t-il pu accepter d'utiliser une partition aussi pauvrement imitative du génie de Leipzig ? Il faut vraiment être totalement dépourvu de culture musicale pour ne pas voir l'imposture. Du Bach terne au possible, chanté en russe. Pauvre Russie qu'on force à acclamer des baudruches pareilles. Du faux baroque russe !!! Pas besoin d'être adepte de la secte boulézienne pour être écœuré par la moisissure avancée. C'est du Bach décomposé.

mardi 9 octobre 2012

Бездельники (2011) Jean foutres nostalgiques ***


Бездельники est la première fiction d'Andreï Zaïtsev, jeune réalisateur de documentaires remarqués. Il suit les amours de trois jeunes adultes dans le Moscou des années 2000, le tout bercé par la musique du groupe Kino. Le personnage principal porte une ressemblance très soulignée avec feu Viktor Robertovitch Tsoï, le cultissime chanteur de Kino, fauché en pleine gloire en 1990. Le décalage temporaire semble n'avoir aucune importance pour la jeunesse actuelle, dont la partie la plus romantique connaît par cœur toutes les chansons du groupe.
De là à construire un film sur les chansons de Tsoï, il y a un pas que n'hésitent pas à faire les requins trop heureux de capitaliser sur la création d'autrui. Zaïtsev n'est pas de ceux-là. Son approche sincère et romantique - encore une fois - chercher à recueillir la substantifique moelle d'une génération. Là où le bât blesse, c'est qu'il filme la tragédie amoureuse à la manière d'un documentaire. Il ne parvient pas à construire une tension dramatique On reste le plus souvent au niveau d'un cinéaste amateur filmant ses amis faisant la fête. Il fait trop la fête avec ses amis au détriment du matériau cinématographique. On est ravi que le collectif d'acteurs se soit bien éclaté pendant le tournage, mais une salle de ciné réclame un autre niveau que les pochades de YouTube. Pire, Zaïtsev aime précisément les chansons de Tsoï qui me paraissent être les plus fades (hormis "Maman - Anarchie ; Papa - ballon de rouge"). Il aurait mieux fait de s'inspirer du film éponyme ('Slackers', en anglais) tourné en 1991 par le brillantissime Linklater.

lundi 8 octobre 2012

Белый тигр 2012 (tigre blanc) duel mystico bourrin ***

Белый тигр représente la Russie cette année aux Oscars du meilleur film étranger. C'est un film de guerre inhabituel, à cause de son ambiance surnaturelle. Au lieu d'exalter le courage du soldat russe (la petite histoire qui raconte la grande), on a affaire à un duel entre le bien (un soldat ayant reçu des blessures auxquelles il n'aurait pas du survivre) et le mal absolu, sous la forme d'un "tank fantôme" qui effraie sa propre armée (nazie). C'est du délire intégral : l'armée rouge, dirigée par des bolchéviques prêts à n'importe quels efforts pour écrabouiller la vermine fasciste, part, maréchal Joukov compris, dans des discussions absurdes sur le "Dieu des Tanks", sur les "Tanks qui parlent", etc.
Et pourquoi pas, finalement ? Après tout, on a tellement été gavés de productions patridiotiques sur la 2ème guerre mondiale (10 par an en moyenne), qu'un peu de délire surnaturel relève le plat. Et puisque la religion prêchée par le Kremlin interdit qu'on discute quoi que ce soit sur le fond, le réalisateur Chakhnazarov change la forme, le genre, l'ambiance. Et peu importe si les faits historiques sont traficotés, les réalités de la guerre piétinées, car de toute façon, le réalisme est passé de mode. Peut-être que Chakhnazarov avait envie de faire un film très personnel, (d'auteur...) mais n'avait pas les moyens de le faire. Sous couverture de film patriotique (unique moyen d'attraper un financement confortable venant du budget fédéral), il a concocté un arrangement entre son sens du devoir, les obligations envers le pouvoir et son ambition artistique. On comprend à la fin (il chausse ses gros sabots) que le Tigre Blanc symbolise le fascisme immortel et invincible. Ou la guerre. Il donne même à Hitler et à Wagner le dernier mot du film, ce qui est plutôt osé ! Mais il est hautement improbable que le jury américain des Oscars (pour le meilleur film étranger) apprécie ce tour de passe-passe saugrenu.

mercredi 26 septembre 2012

"Birobidjan, Birdobidjan", documentaire de Marek Halter ***

Mardi 25 septembre 2012 a eu lieu la première russe du curieux film où Marek Halter se rend dans la "Région Autonome Juive" créée par Staline en 1932 et portant toujours ce nom dans la Russie de Poutine. Il a retrouvé là-bas une poignée de fervent défenseurs de la culture Yiddish, et partage avec eux la nostalgie d'une époque à jamais disparue, lorsque onze millions de Juifs parlaient encore cette langue.

Beaucoup d'images d'archive et beaucoup de parlote, mais le sujet est suffisamment fort et intriguant pour qu'on le regarde de bout en bout. Ce qui est très curieux, c'est qu'on voit finalement peu d'images du Birobidjan actuel, comme si Marek Halter était mal à l'aise avec la preuve de la disparition. N'y étant jamais allé, je n'oserai le contredire, mais j'ai du mal à croire qu'il reste beaucoup de signes du Yiddish dans ce coin désolé à la frontière de la Chine.

Encore plus singulier, le soin que prend Marek Halter à gommer tout antisémitisme chez Staline, qui aurait finalement eu une bonne idée en décidant de "régler la question juive" une fois pour toute en envoyant tout ce que l'URSS comptait de Juifs dans une zone désolée "non infestée d'antisémitisme". Il s'agissait surtout de les éloigner, de leur coller une pioche dans la main pour qu'ils défrichent une terre ingrate. Loin de la description idéale, il faut rappeler que des synagogues ont cramé là-bas aussi et que le vandalisme se manifeste ponctuellement.

Mais Marek Halter préfère se lamenter sur le fait que dès qu'ils en ont eu la possibilité, les Juifs sont rentré en Russie Européenne et surtout on massivement émigré vers Israël. Comme toujours chez cet écrivain passionné, on sent qu'il prend ses désirs pour des réalités, des désirs parfois franchement saugrenus.

Le film a déjà été diffusé par la France 5 en février.

dimanche 26 août 2012

Дом (Олег Погодин, 2011) marre du patriarcat ! ***

Dom (la maison), est le dernier film du grand acteur Bogdan Stoupka, qui, symboliquement, meurt à la fin.

Cette maison, ce foyer dirigé d'une main de fer par un patriarche, dans la steppe du Sud de la Russie, illustre le fonctionnement du pouvoir dans ce même pays. Et rien ne va plus. La famille se délite, les individus ne se comprennent plus depuis longtemps, ne se respectent plus, tout ne tient qu'à un fil. Et les ressources de la famille viennent du frère aîné, absent depuis 25 ans, parti à Moscou, devenu parrain du crime.
Il revient pour les 100 ans du grand-père. Avec des tueurs aux trousses.

Oleg Pogodine filme une parabole du pouvoir crispé sur ses prérogatives, incapable d'évoluer vers une structure stable et pérenne. Ce n'est pas un film politique, car, hormis la structure symbolique, aucune référence n'est faite à la politique russe. La plupart des spectateurs n'y verront qu'un drame psychologiques couplé d'un film d'action.

Bogdan Stoupka et Sergueï Garmash jouent comme toujours à perfection. Elena Rednikova, magnifique brune trentenaire, toujours aussi belle qu'il y a 10 ans, aurait tout à gagner de se choisir des bons scripts au lieu de gâcher son talent dans des séries B. Quelque soit la situation dans laquelle elle apparaît à l'écran, l'érotisme domine le reste. Dans son rôle archétypal de femme frustrée laissant échapper sa rage dans les bras d'un jeune amant imbécile, elle est irréprochable.

Globalement, le film est correctement construit. C'est-à-dire que la fonction distrayante est remplie. Le traitement relationnel n'échappe pas à quelques clichés, mais sans grosse erreur. Malheureusement, deux éléments invraisemblables gâchent l'ensemble : Garmash sait qu'il a des tueurs extrêmement dangereux aux trousses, pourquoi les attire-t-il chez ses parents, dans sa famille qu'il aime, nourrit et prétend vouloir protéger ? Nulle part on ne sent chez lui le désir d'anéantir les siens. Un homme dans sa situation désespérée ne ferait pas une erreur pareille. Et puis transformer un centenaire paralytique en shakhid sauvant sa famille, quelle bêtise ! Où comment déraper dans le ridicule et gâcher un scénario autrement bien ficelé.

jeudi 23 août 2012

Край (2010) la beauté des limites, ***

Sibérie, taïga, pendant la deuxième guerre mondiale. Un conducteur de locomotive vétéran, gravement blessé à la tête pendant les combats, est assigné dans un trou perdu. Il tombe sur une Allemande surprise par la guerre en 1941, et qui, sans retraite possible, se cache depuis le début du conflit. Leur relation provoque une explosion de violence alors que la terreur stalinienne règne...

Alexeï Uchitel a probablement voulu faire un film pour l'export, dans la lignée du "Barbier de Sibérie" de Mikhalkov. Il s'est visiblement planté, n'a pas été remarqué à l'étranger du tout. Pourtant, le film se regarde facilement. Trop sombre pour les écrans américains, trop désespéré sans doute. Mais les ingrédients habituels sont disposés et apprêtés avec talent par une photographie et un montage très sûrs et privés des tics à la mode (effets, clipage, etc).

Comme d'habitude chez Uchitel, les personnages ont un côté caricatural et schématique, ils sont trop prévisibles. Il n'a pu s'empêcher de faire de Machkov un macho surhumain. Seul Garmash dans son rôle de super salaud archétypal s'en sort bien, car malheureusement ces personnages ont réellement existé. Garmash incarne parfaitement l'époque.

Uchitel abuse un peu des fumées et des sirènes, qui donnent un aspect superfétatoire. Mais d'un autre côté, il nous offre quelques unes des scènes érotiques les plus réussies depuis une décennie. Grâce surtout à l'actrice Yulia Peresild, visiblement très à l'aise et naturelle (on ne peut pas en dire autant de Machkov). Peu de réalisateurs russes ont osé pénétrer dans un bania (bain russe) féminin. Lequel apparaît comme un paradis tout à fait improbable dans ce trou à rat sibérien. Il y a quelque chose d'une parabole dans cette beauté paradisiaque accessible au bout du monde. Quelque chose qui me parle.

dimanche 15 juillet 2012

непрощенные (2009, impardonnés) thriller provincial, ***

_c'est bientôt la fin de l'été, les pluies vont arriver. Et si on se mariait ?
_c'est une proposition, ou bien une prévision météo ?
_les deux
_je ne t'aime pas; mais marions-nous quand même.





En terme d'efficacité, le film n'égale pas le thriller américain standard. Néanmoins, je l'ai regardé sans m'ennuyer. Quelques dialogues amusants, un peu trop de trajectoires croisées (complexité à la mode).
On n'évite pas les rôles trop stéréotypés comme la jeune fille qui tourne au toxico en une semaine, fait sa cure en une nuit et tombe amoureuse de son sauveur. La pute au grand cœur. La veuve noire. Etc.
Le lieux de tournage fait plaisir : quelque part entre la Crimée et Odessa.
Le vrai problème, c'est qu'on commence à se lasser des mouvements de caméra, et des ressorts d'actions pompés sur Tarrantino / Ritchie

On pardonnera au réalisateur Shipenko, qui n'avait que 26 ans au moment du tournage.


http://www.film.ru/special/npr/

Сказка про темноту Un conte sur l'obscurité (2009), ***

Angelina, célibataire autour de la trentaine, prend conscience d'un grand vide dans sa vie. A Vladivostok, où elle travaille dans la police, les hommes, lorsqu'ils cherchent sa compagnie, ne font aucun effort pour lui être agréable. Elle est bien trop raffinée pour eux, et semble destinée à devoir rester jeune fille. Lorsqu'un petit garçon maltraité qui lui est confié momentanément lui tout-de-go "tu n'est qu'une vieille idiote", elle réalise que c'est à elle de changer quelque chose dans son attitude. Mais la glace autour de son coeur ne veut pas fondre. Les hommes restent toujours aussi vulgaires. Elle elle s'adresse à sa mère "mais quand donc les ténèbres vont-ils s'éclaircir?"

Un filme triste, peu de dialogues. Désespérant de bout en bout. On aimerait bien la voir se dérider, s'égailler, mais elle tombe sur des hommes répugnants. C'est sans issue, typiquement russe comme approche !

mardi 6 mars 2012

Фауст / Faust (Sokourov) impénétrable âme germano-soviétique ***

Intéressante adaptation de Goethe, au moins pour la beauté plastique des décors et la photographie toujours très léchée chez Sokourov. Tournée en allemand, le film requiert une parfaite maîtrise de la langue pour être pleinement savouré (ce qui n'est pas mon cas). Les sous-titres n'aident pas beaucoup car les dialogues sont très bavards et très librement adapté de l’œuvre originale. Par conséquent, Sokourov nous livre une fois de plus (mais encore plus que d'habitude) une œuvre extrêmement difficile d'accès. Je dois avouer que les préoccupations et obsessions de Faust m'ont toujours été étrangères, par conséquent je suis mal placé pour juger ce film. Il s'agit bien sûr, comme chez Goethe, de décrire l'effet corrupteur du pouvoir sur l'âme humaine, mais dans le cas du personnage Faust, je perçois malheureusement surtout une vacuité et une mollesse intérieure qui m'est totalement étrangère. D'une point de vue cinématographique, Sokourov travaille d'une manière irréprochable et toute personne à la sensibilité esthétique aiguë passera agréablement le temps. Les autres fuiront cette bobine hautement hermétique. Moloch et Soleil étaient bien plus facile d'accès. Hanna Schygulla apparaît au générique, mais je ne l'ai point reconnue. Je vais me revoir un bon vieux Fassbinder, car elle me manque.

dimanche 16 octobre 2011

Бабло (l'oseille) comédie/polar plongeon négativiste ***

Tout au long du film, j'ai senti un profond dégoût pour la Russie et l'Ukraine, où se déroule l'action du film. Pourquoi ? Pas un seul personnage sympathique dans le film. Ce ne sont que bandits cruels, généraux vénaux, policiers corrompus, prostituées, hommes de main débiles, et tous, tous sans exception se trahissent les uns les autres pour du fric. Pas une seule qualité humaine n'apparaît, hormis peut-être un courage physique qui n'est engagé que pour ramasser une mallette contenant un million de dollars. Ce million de dollars, vous l'avez déjà compris, est le personnage principal du film, tourné sur un scénario moyennement ficelé (ça devient confus à la fin du premier tiers) et surtout archi rebattu, puisque tout le monde court après cette mallette.

Bouslov fait basculer le polar russe dans le négativisme absolu. C'est la première fois qu'un film me donne le désir dès les premières minutes, de me casser de cette région du monde où j'ai passé 10 ans. "Tous pourris !" dit le film, en somme. Comment peut on penser à faire des enfants dans un contexte pareil, où la vie humaine n'a pas la moindre importance et où la seule motivation des personnages est l'argent criminellement acquis ? Je suis certain que cela ne vient pas d'un désamour personnel pour la Russie (je n'ai aucunement envie de rentrer en France), mais plutôt d'une volonté délibérée d'appuyer sur un problème moral qui a atteint des proportions pharaoniques. De ce point de vue-là, Bouslov prend un gros risque personnel, car je ne suis pas le seul à percevoir une antipublicité pour la Russie. Il y a bien sûr les simples d'esprit qui passent un bon moment à rigoler, puis rêvent d'imiter ces nouvelles idôles de la décrépitude, mais d'autres, des décideurs et Tartuffes en tout genre, vont s'offusquer qu'on montre de leur patrie un visage aussi grêlé. Même le téméraire provocateur Balabanov veille à trouver dans (certains de) ses héros des aspects positifs, de la compassion, de l'amour, du désintéressement, de l'amitié... dans le noir absolu, il y a toujours un ou deux personnages qui se distinguent, soit des victimes innocentes, soit des hommes blessés cherchant la rédemption. Rien de tel dans ce film, et n'attendez pas de fin positive.

Ce négativisme absolu rappelle Ma joie de Sergeï Lozan, sorti l'année dernière. Ce n'est déjà plus un simple signe du temps, c'est une tendance du cinéma russe et un signal à la société. Le cinéma renvoie une image terrifiante de la Russie d'aujourd'hui.

Chose surprenante, Bouslov verse très peu de sang dans ce film criminel. C'est un aspect très original quand on observe la tendance épouvantablement graphique que suit l'industrie du cinéma. Ici, on ne verra que du sang maculé sur les murs après l'unique fusillade (située au 3ème étage d'un hôtel, mais filmée depuis la rue : on ne voit rien d'autre que des ombres, tout est au niveau de l'audition - une scène très réussie !).

Le côté comédie déçoit, car on ne rigole pas souvent. Le seul gag très réussit à mon avis confronte deux flics sidérés par la corruption de l'autre. Le reste du temps, quelques situations comiques apparaissent, mais on reste surtout dans le registre de la surenchère de grossièretés. Il faut une très bonne culture de l'argot criminel russe, car moi qui comprends bien les Balabanov par exemple, j'ai loupé un paquet d'expressions.  

Quelques aspects positifs : c'est un premier film. Le réalisateur Kostia Bouslov, frère cadet de Piotr Bouslov, a réussit une réalisation haletante. Le rythme est parfait pour l'action. On ne s'ennuie pas une seconde. Les acteurs sont utilisés à bon escient, c'est juste et pas surjoué, pas de clichés inutiles, et les acteurs ne sont pas des stars fatiguées, mais des seconds couteaux de séries télévisées. Bouslov junior a donc fait des économies sans pour autant nuire à la qualité du jeu. Plusieurs personnages se font remarquer comme d'excellent "rôles de caractères", avec des voix et charismes étonnants. Mais bon sang qu'ils sont tous répugnants...

lundi 1 février 2010

Сумасшедшая помощь (2009) Aide de démence ***


Сумасшедшая помощь (2009) de Boris Khlebnikov

Doux, simplet et très fainéant, Evgueni débarque à Moscou de sa Biélorussie tranquille pour gagner un peu d'argent. Des gredins à peine plus intelligents lui subtilisent rapidement téléphone, argent de poche et papiers. Evgueni se résout à dormir sous les ponts, quand vient à son aide un aimable retraité perclus d'idées incongrues. Evgueni trouve un toit grâce à ce vieil homme qui l'a pour toujours perdu (jeu de mots russe, où toit = raison) et partage ses fantaisies avec une totale passivité. Mais la bonté est une chose rarissime à Moscou et l'aide folle ne restera pas impunie...

Khlebnikov défend le cinéma social avec une touche de fantaisie. Mais ça manque de peps, d'humour et, au fond, de délire. On s'ennuie un peu et la fin n'est certainement pas aussi astucieuse qu'elle prétend l'être. Pas un mauvais film, mérite d'y jeter un coup d'oeil, mais on espère que Khlebnikov va un peu muscler ses futurs scénarios.