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lundi 15 décembre 2014

ARTDOCFEST The Donetsk People's Republic (or the curious tale of the handmade country) by Anthony Butts

Chapeau bas à Anthony Butts, qui pendant deux mois (mai et juin 2014) a filmé au plus près une poignée d'activistes et de responsables de la République Populaire de Donetsk. L'homme est courageux. Il a d'abord gagné leur confiance (pas évident pour un citoyen britannique) et les a filmé tels qu'ils sont : rugueux, brutaux, simples, ambitieux, frustrés, cupides. Et idiots.



On les voit abuser de leur pouvoir, extorquer de l'essence, se disputer entre eux, sortir leur pétoire pour un oui ou pour un non, confier leur désir d'enrichissement, brutaliser leurs opposants...

"L'étonnante histoire de la DNR", ou comment une bande de droits communs saisit le pouvoir et règne par la force sur une population paupérisée et humiliée. Tout allait mal ; maintenant, c'est bien pire.

Butts filme un bon tiers du film à la caméra cachée. Un risque énorme. S'il avait été surpris, il aurait pu payer de sa vie.

Page Vimeo du réalisateur Anthony Butts

ARTDOCFEST : l'esprit de Medinsky flotte au-dessus du festival

Le principal festival de cinéma documentaire russe a démarré sur un scandale. Mécontent du programme selon lui anti-gouvernemental, le ministre de la culture a annoncé : "tant que je serai ministre de la culture, ni Artdocfest, ni aucun projet de Vitali Mansky ne recevront la moindre aide publique". Vitali Mansky, cinéaste et figure du cinéma documentaire russe depuis 20 ans, tient tête à Medinsky et a trouvé des financements, sponsors et mécènes pour mener à bien le festival. On peut craindre que l'édition prochaine soit encore plus complexe à organiser.



Non content d'être une tâche noire sur le visage de la culture russe, Medinsky agit sur le matériau cinématographique lui-même. Mansky a en effet été contraint de censurer la bande sonore de tous les films pour obéir à la loi Medinsky interdisant toute grossièreté au cinéma.`

mardi 30 septembre 2014

'Leviathan' sélectionné pour représenter la Russie aux Oscars, les producteurs de 'Gorko' protestent

Le dernier film de Zvyagintsev, qui a obtenu le prix du scénario à Cannes cette année, a bien entendu les meilleurs chances d'obtenir une "accolade" (pour emprunter le terme anglo-saxon) à Hollywood. Et de faire oublier les nominations honteuses présentées par la Russie ces dernières années (en particulier à cause du lobbying de Mikhalkov).

Comme la sélection aux Oscars ne peut décidément pas se faire sans scandale, les producteurs de 'Gorko', une stupide comédie ne pouvant qu'abaisser encore davantage l'image du cinéma russe à l'étranger, conteste à 'Leviathan' le droit d'être sélectionnée. Il ne faut aucun doute que ce médiocre film n'a aucune chance de passer le premier tour des sélections, tandis que Léviathan a au contraire des chances de devenir le premier film à remporter le prix de "Meilleur film en langue étrangère" à Hollywood.

mardi 13 novembre 2012

Festivals : Honfleur & la Semaine du Cinéma russe

Le mois de novembre offre comme chaque année deux rares occasions pour les cinéphiles français de voir les dernières sorties de films russes.

Regards de Russie
du 14 au 20 novembre 2012 au cinéma « l’Arlequin » (76 rue de Rennes - 75006 Paris, Métro St Sulpice). 
et dans la foulée :


Le XXe Festival du Cinéma Russe à Honfleur

du Mardi 20 au Dimanche 25 Novembre 2012

Les programmations des deux festivals comptent plusieurs films en commun, ce qui va ôter à quelques parisiens le désir de pousser jusqu'à Honfleur. 


Commençons par la semaine du cinéma russe à Paris. Le festival ouvre avec le dernier Lounguine "Le Chef d'orchestre", dont nous avons parlé (sans grand enthousiasme) dans ce blog le mois dernier.

L'actrice et réalisatrice Renata Litvinova est également en vedette avec "Le dernier conte de Rita", une fable très personnelle de l'actrice la plus maniérée et la plus surprenante du cinéma russe. Nous en reparlerons bientôt.
Autre film intéressant : "Les désoeuvrés" du prometteur Andreï Zaitsev. Il n'a pas su entrer de plain pied dans la fiction, sa réalisation reste trop empreinte de tics documentaires, mais ce film reste une des productions les plus intéressantes de l'année qui s'achève. 

Je n'ai pas vu les trois films sélectionnés à Paris mais pas à Honfleur (Le face à face, de Sergueï Komarov  ; le papillon d'acier de Renat Davletiarov et le Transfert d'Alexeï Mizguirev. J'ignore même s'ils sont déjà sortis à Moscou. La semaine parisienne présente aussi deux court-métrages et quelques films pour les enfants. Enfin, les amateur d'Alexandre Sokourov pourront voir ses deux oeuvres les plus intéressantes (mais aussi les plus ardues) de la décennie passée (Faust, 2011) et (Soleil, 2004).


Passons maintenant à Honfleur


Le festival fête cette année ses 20 ans et accordera pour l’occasion une place importante à l’histoire. Pour contrebalancer ce sujet si sérieux, une importante programmation de films d’animation est offerte au jeune public. Histoire de prouver que l’école russe d’animation conserve tout son pouvoir de fascination et sa force poétique, malgré une diffusion restreinte. Sept films font partie de la sélection officielle. Une seconde sélection présente quatre premiers films. 


La sélection “Un nouveau regard sur l’histoire” va révéler au public français la manière dont les cinéastes russes racontent le passé. Et c’est symptomatique : trois films sur la 2ème guerre mondiale, un film inspiré par la récente guerre avec la Géorgie en 2008. Et le “Concert”, une coproduction franco-roumaine avec l’acteur Alexeï Gouskov très remarquée par le public français lors de sa sortie en 2009. Ce dernier sera présent au festival avec son nouveau film “4 jours en mai”, qui fait partie de la sélection principal. Ce film - également centré sur un épisode douloureux de la seconde guerre mondiale - ne devrait pas à Honfleur susciter des débats aussi houleux qu’en Russie. Les autres oeuvres sélectionnées - à l’exception de “l’admiratrice”, inspirée de la vie d’Anton Tchekhov - se déroulent dans le monde contemporain. “Kokoko” d’Avdotia Smirnova raconte la collision entre une intellectuelle péterbourgeoise un peu coupée des réalitées et une provinciale dévergondée mais fauchée. Elles s’éprennent l’une de l’autre, mais les hommes sèment des embûches dans leur amitié improbable. Une comédie sans prétention où le talent de la pétillante Yana Trovanova saute aux yeux. “La Journée d’un prof” de Sergueï Mokritsky suit également l’évolution d’un modeste intellectuel, celui-là bien au contact de la réalité russe, et qui proteste contre la dégradation de la culture, avec des côté Don Quichotte. “Voilà ce qui m’arrive”, de Viktor Shamirov, parle sur un ton léger, ironique, d’une toute autre catégorie d’individus : les parvenus moscovites. Gocha Koutsenko, acteur très populaire, incarne un père pris dans les difficultés de communication avec sa fille, qui doute des valeurs matérielles et qui semble gagné par une nostalgie de la Russie soviétique. Un film clairement associé à la tradition des toiles du Nouvel An, c’est-à-dire des comédies intemporelles. Dans “Je serai près de toi”, on passe à la tragédie lacrymale. Le destin brise la vie d’Inna, jeune mère célibataire, atteinte d’une maladie incurable. Il lui reste peu de temps pour trouver les parents adéquats capables d’adopter son fils. “Récits”, de Mikhaïl Segal, touche au thème de la littérature et à son influence mystérieuse et irrésistible sur la vie de personnages contemporains. Une comédie légère avec un scénario original soulignant les liens étroits entre les Russes et leur littérature. Les grands romans russes n’ont ils pas fortement contribué à modeler ce pays ? Certainement davantage que le cinéma, en tous cas.
 

Dans la catégorie des débuts, la sélection est inégale. “Ils sont tous partis” est l’excellent démarrage dans la fiction d’un réalisateur au nom exceptionnel : Gueorgui Paradjanov. Neveu du génial Sergueï Paradjanov, réalisateur iconoclaste (Chevaux de feu, Couleur de la grenade) et dissident connu dans le monde entier. Gueorgui poursuit sur les traces de son oncle avec une oeuvre originale, métissage arménien et géorgien, recherche des racines, poésie indescriptible et folie toute caucasienne. “Ivan atomique” est une comédie passable visiblement destinée à rassurer le public russe sur l’inocuité de l’énergie nucléaire. “Sa fille”, d’Alexandre Kassatkine et de Natalia Nazarova, est un drame émouvant sur le deuil d’une jeune femme dans la province profonde. Ce film a déjà remarqué et récompensé par la critique, avec un meilleur prix du premier film au festival Kinotavr de Sotchi et un prix de la critique FIPRESCI à Varsovie cette année. Reste à réunir les conditions pour que ce film rencontre un public nombreux hors du circuit honorable mais peu rentable des festivals. Espérons qu’il trouvera un distributeur français courageux à Honfleur !

vendredi 21 septembre 2012

Moscou envoie le Tigre Blanc ("Белый тигр") aux Oscars

Pas de de scandale cette année, probablement grâce au fait que Mikhalkov n'avait pas de bouse à proposer pour représenter le cinéma russe. Le jury a été quelque peu renouvelé, avec des noms honorables comme ceux de Zviaguintsev, Sokourov, Todorovsky, Tchoukhaï, Bodrov et Kontchalovsky. Et Mikhalkov, bien sûr. C'est donc le "Tigre Blanc" de Karen Chakhnazarov qui ira affronter les autres films "en langue étrangère" au plus célèbre festival américain. Un énième film de sur la Grande Guerre Patriotique. 
Notez que les dix autres films russes en compétition étaient :
La Maison - "Дом" Олега Погодина, 
"Кококо" Авдотьи Смирновой, (trop banal)
Faust - "Фауст" Александра Сокурова (trop herméneutique)
Orda - "Орда" Андрея Прошкина
Portrait au Crépuscule - "Портрет в сумерках" Ангелины Никоновой (à mon avis le plus original de la sélection)
Sibérie. Mon amour - "Сибирь. Монамур" Славы Росса
Chef d'orchestre - "Дирижер" Павла Лунгина (pas au mieux de sa forme)
Vissotsky - "Высоцкий. Спасибо, что живой" Петра Буслова, (on l'a échappé belle !)
Match - "Матч" Андрея Малюкова 
Chapiteau Show - "Шапито-шоу" Сергея Лобана. (Certainement trop ésotérique pour franchir les frontières)

vendredi 24 août 2012

Sebrennikov et Balabanov à la Mostra de Venise

http://www.kinoglaz.fr/u_fiche_evenement.php?num=1617

Trois films russes seront montrés cette année à la 69ème Mostra de Venise :
- L'Adultère (Измена), 2012, de Kirill SEREBRENNIKOV (Кирилл СЕРЕБРЕННИКОВ),
- Je veux aussi (Я тоже хочу), 2012, de Alekseï BALABANOV (Алексей БАЛАБАНОВ),
et le documentaire :
- Anton est ici, tout près (Антон тут рядом), 2012, de Lioubov ARKUS (Любовь АРКУС)

jeudi 8 décembre 2011

Un festival de Honfleur 2011 très composite

Pour la 19ème édition du festival, sa présidente Françoise ­Schnerb a récupéré l’un des films russes couronnés dans un grand festival international : Elena ­
d’Andreï Zviaguintsev, prix spécial du jury à Cannes, qui sort prochainement dans les ­salles françaises.

Outre cette grande réalisation, le festival permet de découvrir des auteurs encore méconnus en Europe, à travers une sélection très composite de films récents. Huit d’entre eux seront en compétition dans la sélection principale. On retiendra notamment Gromozeka, où Vladimir Kott met en scène trois amis qui, la quarantaine atteinte, perdent prise sur leur entourage immédiat et leur destin dans ce film sombre et émouvant. On frôle le misérabilisme et la surenchère dramatique, mais la veine réaliste reste la plus forte et sauve l’œuvre.

Bedouin, d’Igor Volochine, suit une mère cherchant par les moyens les plus désespérés à sauver sa fille atteinte de leucémie. « Les jeunes aiment les vam­pires. C’est un thème immortel, mais surtout très actuel », commente le réalisateur.

Moins courageuse, Avdotia Smirnova filme dans Deux jours une comédie politiquement correcte où un haut fonctionnaire au cœur sensible (joué par Fiodor Bondartchouk) est aux prises avec un méchant gouverneur régional caricatural, inculte et pressé de s’enrichir. Une fable destinée à rassurer le peuple sur le fait qu’il est dirigé par un bon tsar (Bondartchouk est encarté chez Russie Unie, le parti de Poutine), lequel va bientôt réaliser qu’il est entouré d’ignobles boyards.

Autre film féminin, Portrait au crépuscule , d’Angelina Nikonova, lui aussi sera diffusé dans les salles françaises prochainement. Un viol suivit d'une descente aux enfers envoie valdinguer les repères de Marina, ­épouse ennuyée. Plongée dans état dépressif, elle bascule brutalement dans une autre relation dangereuse. Un sujet déjà très exploré, mais décliné avec talent dans les lignes moralement mouvantes de la Russie contemporaine.

Retour en «A» (c’est-à-dire dans ce pays maudit qu’est l’Afghanistan). C’est le vieux syndrome de la guerre ratée porté à l’écran comme les Américains l’ont fait avec le Vietnam. Un film d’aventure et de guerre selon la formule consacrée : un peu superficiel mais de bonne facture... et qui n’encombrera pas la mémoire.

Après les femmes et la guerre, il ne manquait que l’argent (Bablo, de Konstantin Bouslov - voir plus bas) pour compléter le tableau. Bouslov revisite le thème de la mallette d’un million de dollars disparue et convoitée par plusieurs gangs de truands et de flics ripoux. Bien ficelé, ce film donne cependant une image puissamment négative de la Russie actuelle, car on n’y trouve pas un seul personnage positif. Sa noirceur mo­rale extrême fait écho à celle de Mon bonheur de Sergueï Loznitsa, déjà présenté au festival de Honfleur.