Kirill Serebrennikov règle ses comptes avec la bigoterie rampante dans un film décevant à cause de caractères caricaturaux évoluant dans un cadre manichéen.
Un jeune homme s'éprend subitement du texte de la bible et perturbe profondément son environnement (principalement, un lycée russe). Du psychodrame émergent un bouc émissaire, une victime sacrificielle, un menteur fanatique et un choeur de pleutres. En toile de fond, la Russie (les scènes clés se déroulent sous la photographie de Vladimir Poutine, de sorte que le plus idiot des spectateurs ne puisse louper le message). Une Russie désorientée par plusieurs virages idéologiques à 180°, qui n'ayant pas trouvé de maître à penser, se complaît désormais dans la bigoterie et le panurgisme. L'école se refuse à défendre Darwin et ouvre les bras au créationisme. Incapable de résister au fanatisme d'un élève, elle s'effondre comme un château de carte. Les adultes deviennent hystériques, mais - seul élément rassurant du film - la jeunesse observe le drame avec un mélange de moquerie et d'indifférence.
La crise provoquée par le jeune homme dans un microcosme ennuyeux, fait penser au Théorème de Pasolini, mais renversé. Le problème central du film, c'est que les caractères sont peu crédibles et que, par réaction, les acteurs surjouent pour tenter de donner de l'épaisseur à leurs personnages. Au final, on obtient du théâtre de province filmé. Serebrennikov reste un metteur en scène animé de bonnes intention, non dénué d'humour, mais très inégal. Le message du film est trop évident, "in your face", mais la démonstration est faible et déssert la cause.
Tentative d'analyse des problèmes sexuels d'aujourd'hui, ratée car dépourvue d'humour et d'originalité. Natalia Merkoulova et Alexeï Tchoupov ont tenté de faire du cinéma d'auteur à l'européenne, mais le traitement reste prévisible et surtout ennuyeux. C'est filmé "à la Zvyaguintsev", c'est à dire lentement, avec des dialogues réduits au minimum, une photographie aussi sombre que possible. Les personnages sont bâtis sur des clichés : psychologue pervers, vieille fille puritaine et obsédée, mari impuissant homosexuel, etc. Faux départ pour les jeunes réalisateurs. C'est par contre joué correctement. Certains rôles exigent beaucoup de nudité, avec des corps forts éloignés des canons esthétiques actuels, et qu'on a peu l'habitude de voir à l'écran. Mais cette audace ne rachète pas le reste. Le film manque du courage nécessaire pour remonter à la source de la misère sexuelle. Dans la lignée des films de von Trier et de "Shame", "Parties intimes" montre le sexe de manière univoque, comme une source de honte, de problèmes, de souffrances. On regrette le cinéma des années 70 (Fellini, Meyer, Visconti, Ferreri, etc), celui de la Movida et de la Perestroïka, qui en disait davantage sur le sexe mais sans le vouer systématiquement aux gémonies.
Alexeï Balabanov nous fait peur : c'est son dernier film. C'est la fin du monde. Le bonheur ? C'est la mort. Le désir conduit à l'anéantissement.
Pour un étranger, Balabanov épouse fidèlement le cliché de l'artiste russe désespéré, volontiers attiré par le surnaturel, et en même temps parfaitement cynique, porté à la satire radicale de la société.
"Je veux aussi", ce sont quatre hommes chaudement habillés accompagnés d'une jeune fille nue. Tous se précipitent vers un bonheur mystérieux, une zone irradiée, dont personne n'est jamais revenu. Tous croient être choisis pour connaître le bonheur, mais seuls quelques uns sont élus. Par qui ? Balabanov ne nous le dira pas. Car ce n'est pas l'objet.
Les personnages incarnent plusieurs archétypes de la Russie d'aujourd'hui : deux bandits, dont un alcoolique, un vieil homme abattu, un artiste taciturne, et une jeune fille improbable (médiocrement interprétée) à la fois comme prostituée et étudiante en philosophie. Ce qui apparaît immédiatement, c'est qu'elle est très malheureuse et naïve. Au point qu'elle n'hésite pas à se dénuder complètement, ni à courir ainsi des dizaines de kilomètres dans la neige, lorsqu'on lui explique que c'est l'unique voie vers le bonheur. Pour le plus grand plaisir des spectateurs, qui vous le savez comme moi, sont au fond des voyeurs sadiques.
Balabanov traite simultanément plusieurs sujets. Premièrement, il s'agit d'une transposition à l'époque moderne de STALKER, le chef d'oeuvre de Tarkovski. L'idée est la même (zone interdite irradiée, phénomène surnaturel), mais les temps ont radicalement changés. L'Etat totalitaire est devenu impuissant : tout le monde peut pénétrer dans la zone. Le stalker a aussi disparu en temps que personnage. Il n'y a pas de guide pour mener les aventuriers. Ceux-ci ne recherchent plus la vérité, ils cherchent le bonheur. Cette quête ne va pas les transformer : ils vont simplement disparaître, de deux manières différentes selon qu'ils soient élus ou non.
La magie a presque disparu. Balabanov veut nous dire quelque chose sur l'église, de pas très agréable, sans doute. Visiblement, il n'est pas doué pour la foi. Il ne croit pas, et s'étonne ((c'est un euphémisme) d'observer la foi chez les autres. Le lieu magique est une église orthodoxe. Oui, mais elle est détruite, et on ne voit pas un seul pope durant tout le film. Ils ont disparu, sont impuissants comme le pouvoir. Ce n'est pas l'église, ni Dieu, que cherchent les gens, c'est le bonheur. La Foi a perdu toute dimension sacrée ou chrétienne. L'église a perdu sa fonction de guide.
Et l'on aperçoit à la fin du film Balabanov, au pied de l'église détruite, qui n'a pas su trouver le bonheur, qui n'est pas élu. Parce qu'il n'arrive pas à croire. Balabanov joue son propre rôle. Il se présente : "réalisateur, membre de l'association internationale des metteurs-en-scène". Puis tombe et meurt. Il a prévenu : c'est son dernier film. Il est malade, ou déprimé, ou las.
On le sent en regardant ce film trop long et qui ne débouche pas sur une réflexion maîtrisée. Balabanov laisse les choses en plan. Avec un tact certain, il suggère au spectateur de développer sa propre réflexion et de tirer les conclusions lui-même. Intention louable, mais on sent aussi qu'il n'a pas suffisamment travaillé les personnages, ni le scénario. Lassitude de la vie ? On reste vraiment sur sa faim parce que les personnages n'ont rien à dire. Les Russes de Balabanov restent bruts de décoffrage, impulsifs, à la limite de l'idiotie et du caricatural, profondément secoués.
La musique est presque aussi envahissante et inutile que dans Kotchegar, son film précédent (un affreux ratage). On ne comprend pas ce qui lui a pris d'inonder les 20 dernières minutes avec des bruitages de film fantastique (sifflements, grondements, hululements) totalement redondants.
Je veux croire que ce n'est pas le dernier film de Balabanov. Je veux croire que le courageux réalisateur de "Grouz 200" guérira de sa maladie ou de sa dépression pour ouvrir les yeux des Russes sur le monde.
Mise à jour :
Malheureusement, son pressentiment était juste. Balabanov nous a quitté le 18 mai 2013. Il travaillait sur le projet d'un film consacré à la jeunesse de Iossif Vissarionivitch Staline. Titre de travail "Koba" (surnom de jeunesse de Staline). Une terrible perte pour le cinéma russe. C'était un homme aux idées très controversées, mais il avait un courage sans équivalent et des intuitions extrêmement pertinentes.
Le film devait au départ s'appeler "le châtiment". Mais finalement, l'auteur est revenu à l'essentiel. Bouleversé par un cocufiage, qui l'a placé devant un sombre aspect de l'être humain : son altérité ontologique. Vous aimez et vivez avec quelqu'un pendant 10 ans, et un beau jour, vous découvrez qu'il vous trompe et qu'il n'a pas la moindre intention de le reconnaître, de l'avouer, de s'expliquer ou de s'excuser. Le réalisateur Serebrennikov ne cache pas qu'il a trouvé l'inspiration de ce film (qu'il a co-écrit avec Natalia Nazarova) dans sa vie personnelle.
Tout l'intérêt vient de là. Vous êtes tout d'abord trompé, puis vous trompez vous-même. C'est comme une maladie contagieuse. Certains trompent les autres depuis l'enfance, d'autres y cèdent après en avoir été victime. Le film a perdu son nom de "Châtiment" parce qu'il est devenu évident que la tromperie s'est généralisée à tous les protagonistes. Châtier devient absurde. Pas de morale ici, on observe, on cherche à comprendre et on se résigne. Serebrennikov laisse entendre que le cocufiage auquel il a été confronté dans la vraie vie est lié à l'Internet, et donc aux réseaux de rencontre. Il n'en est pas du tout question dans le film, qui ne se perd pas en "comment" et "pourquoi". C'est la conséquence de la tromperie qui l'intéresse.
L'histoire
Un homme (Dejan Lilic) se rend chez le cardiologue (Franziska Petri) pour une consultation de routine. De manière totalement inattendue et avec une totale froideur, elle lui révèle que son mari à elle la trompe avec son épouse à lui. Secoué, il sort de la clinique et échappe de peu à un terrible accident de la route (un 4x4 percute un abribus et tue 4 piétons. Un quadrilatère amoureux se forme, puis un cube...
Le film repose sur les épaules de Franziska Petri, figure bergmanienne : mystérieuse, puissante mais ravagée de l'intérieur. Son long visage et ses yeux en amande, sa beauté diaphane couplée avec une féminité mûre subjuguent et la caméra et le spectateur. Ses traits ne sont pas ordinaires (ma compagne me chuchotait au début du film "mais qu'elle est laide", avant d'admettre à la moitié du film qu'elle avait finit par la trouver ravissante), ni son jeu bien éloigné des excès devenus la règle dans le cinéma russe. Les autres acteurs sont éclipsés, même si leur travail reste tout à fait honorable.
Pas moyen d'éviter la comparaison avec Elena, de Zvyagintsev. La photographie y ressemble étonnamment, jusque dans le choix des décors. L'objectif était identique : ne pas faire le portrait d'une Russie d'aujourd'hui, mais aller à l'universel. Nous sommes de tout évidence dans un décours russe (architecture soviétique de l'hôtel, goût "nouveau russe" des intérieurs, flics"), mais l'accent n'est pas du tout mis sur la spécificité du pays. C'est la duplicité de l'âme humaine qu'on filme avec des longs plans filmés à l'épaule, en très très gros plan. Serebrennikov ne mégote pas quand il s'agit d'intimité. Un grand soin est apporté aux scènes de sexe, sans hypocrisie ni voyeurisme bêtasse. Il y a aussi un peu de Kubrick dans l'utilisation de la musique et les angles de prise de vue extrêmement soignés.
Le film tranche avec les précédentes oeuvres de Serebrennikov (théâtre comme cinéma). Plus un poil d'humour, guère de fantaisie. Même s'il cache mal ses influences, le nouveau cinéma de Serebrennikov indique une évolution maîtrisée et de formidables capacité à dévoiler l'âme humaine. Du grand cinéma.
Descente aux enfers d'une jeune femme lambda. Dans la Russie d'aujourd'hui. Mépris, vol, viol. Un traumatisme qui ne parvient pas à se transformer en vengeance, et tourne à la passion.
Dans ce "portrait au crépuscule", difficile de ne pas voir, au-delà du drame individuel, un cri de rage contre le délitement social que traverse le pays. Inévitablement, la polémique jaillit : "film anti patriotique". La Russie est dépeinte sous un angle "fin de vie". Rien ne va plus. Rien à quoi se raccrocher.
Il n'y a rien d'invraisemblable dans ce film. On ne peut pas l'attaquer comme un mensonge. On l'attaque parce qu'il ne veut pas donner d'espoir. Or, cette critique vient de personnes attachées au rôle paternalistedu cinéma : il doit prendre le spectateur par la main. Lui parler des problèmes, mais surtout lui montrer la solution. Ce n'est pas le cas dans ce film. Ici, le ton n'est ni pleurnichard, ni féministe revendicatif. On laisse le spectateur tirer lui-même ses conclusions. C'est bien mieux ainsi.
"Portrait au crépuscule", comme "Mon Bonheur", s'adresse aux adultes. Voici le problème, démerdez-vous. Vous savez ce qui vous reste à faire. Dans l'ambiance patrioticonne actuelle, mettre le doigt là où ça fait mal est déjà suffisamment courageux.
Ce film est le fruit du travail de deux femmes : la veuve du réalisateur Ivan Dykhovitchny (Olga), actrice principale, productrice et auteure de l'idée du film ; et la réalisatrice débutante Angelina Nikonova. Beau travail. Les personnages sont traités dans toute leur complexité, c'est-à-dire sans simplification ni exagération. Olga Dykhovitchnaïa interprète subtilement une psychologue impénétrable à elle-même. Ses yeux fouillent le crépuscule, voient au-delà des apparences, les bords coupants de l'existence.
режиссер Ангелина Никонова сценарий Ольга Дыховичная, Ангелина Никонова продюсер Леонид Огарев, Ангелина Никонова, Ольга Дыховичная оператор Эбен Булл композитор - монтаж Елена Афанасьева жанр драма, мелодрама сборы в России $154 098 зрители 25.7 тыс. премьера (РФ) 10 ноября 2011, «КиноБарабан» релиз на DVD 18 января 2012, «Кармен Видео», ... время 105 мин. / 01:45
Dom (la maison), est le dernier film du grand acteur Bogdan Stoupka, qui, symboliquement, meurt à la fin.
Cette maison, ce foyer dirigé d'une main de fer par un patriarche, dans la steppe du Sud de la Russie, illustre le fonctionnement du pouvoir dans ce même pays. Et rien ne va plus. La famille se délite, les individus ne se comprennent plus depuis longtemps, ne se respectent plus, tout ne tient qu'à un fil. Et les ressources de la famille viennent du frère aîné, absent depuis 25 ans, parti à Moscou, devenu parrain du crime.
Il revient pour les 100 ans du grand-père. Avec des tueurs aux trousses.
Oleg Pogodine filme une parabole du pouvoir crispé sur ses prérogatives, incapable d'évoluer vers une structure stable et pérenne. Ce n'est pas un film politique, car, hormis la structure symbolique, aucune référence n'est faite à la politique russe. La plupart des spectateurs n'y verront qu'un drame psychologiques couplé d'un film d'action.
Bogdan Stoupka et Sergueï Garmash jouent comme toujours à perfection. Elena Rednikova, magnifique brune trentenaire, toujours aussi belle qu'il y a 10 ans, aurait tout à gagner de se choisir des bons scripts au lieu de gâcher son talent dans des séries B. Quelque soit la situation dans laquelle elle apparaît à l'écran, l'érotisme domine le reste. Dans son rôle archétypal de femme frustrée laissant échapper sa rage dans les bras d'un jeune amant imbécile, elle est irréprochable.
Globalement, le film est correctement construit. C'est-à-dire que la fonction distrayante est remplie. Le traitement relationnel n'échappe pas à quelques clichés, mais sans grosse erreur. Malheureusement, deux éléments invraisemblables gâchent l'ensemble : Garmash sait qu'il a des tueurs extrêmement dangereux aux trousses, pourquoi les attire-t-il chez ses parents, dans sa famille qu'il aime, nourrit et prétend vouloir protéger ? Nulle part on ne sent chez lui le désir d'anéantir les siens. Un homme dans sa situation désespérée ne ferait pas une erreur pareille. Et puis transformer un centenaire paralytique en shakhid sauvant sa famille, quelle bêtise ! Où comment déraper dans le ridicule et gâcher un scénario autrement bien ficelé.
Sibérie, taïga, pendant la deuxième guerre mondiale. Un conducteur de locomotive vétéran, gravement blessé à la tête pendant les combats, est assigné dans un trou perdu. Il tombe sur une Allemande surprise par la guerre en 1941, et qui, sans retraite possible, se cache depuis le début du conflit. Leur relation provoque une explosion de violence alors que la terreur stalinienne règne...
Alexeï Uchitel a probablement voulu faire un film pour l'export, dans la lignée du "Barbier de Sibérie" de Mikhalkov. Il s'est visiblement planté, n'a pas été remarqué à l'étranger du tout. Pourtant, le film se regarde facilement. Trop sombre pour les écrans américains, trop désespéré sans doute. Mais les ingrédients habituels sont disposés et apprêtés avec talent par une photographie et un montage très sûrs et privés des tics à la mode (effets, clipage, etc).
Comme d'habitude chez Uchitel, les personnages ont un côté caricatural et schématique, ils sont trop prévisibles. Il n'a pu s'empêcher de faire de Machkov un macho surhumain. Seul Garmash dans son rôle de super salaud archétypal s'en sort bien, car malheureusement ces personnages ont réellement existé. Garmash incarne parfaitement l'époque.
Uchitel abuse un peu des fumées et des sirènes, qui donnent un aspect superfétatoire. Mais d'un autre côté, il nous offre quelques unes des scènes érotiques les plus réussies depuis une décennie. Grâce surtout à l'actrice Yulia Peresild, visiblement très à l'aise et naturelle (on ne peut pas en dire autant de Machkov). Peu de réalisateurs russes ont osé pénétrer dans un bania (bain russe) féminin. Lequel apparaît comme un paradis tout à fait improbable dans ce trou à rat sibérien. Il y a quelque chose d'une parabole dans cette beauté paradisiaque accessible au bout du monde. Quelque chose qui me parle.
Angelina, célibataire autour de la trentaine, prend conscience d'un grand vide dans sa vie. A Vladivostok, où elle travaille dans la police, les hommes, lorsqu'ils cherchent sa compagnie, ne font aucun effort pour lui être agréable. Elle est bien trop raffinée pour eux, et semble destinée à devoir rester jeune fille. Lorsqu'un petit garçon maltraité qui lui est confié momentanément lui tout-de-go "tu n'est qu'une vieille idiote", elle réalise que c'est à elle de changer quelque chose dans son attitude. Mais la glace autour de son coeur ne veut pas fondre. Les hommes restent toujours aussi vulgaires. Elle elle s'adresse à sa mère "mais quand donc les ténèbres vont-ils s'éclaircir?"
Un filme triste, peu de dialogues. Désespérant de bout en bout. On aimerait bien la voir se dérider, s'égailler, mais elle tombe sur des hommes répugnants. C'est sans issue, typiquement russe comme approche !
Ces 4 lascars sont bien sympathiques. La troupe Kvartet И nous a bien amusé il y a deux ans avec une première comédie sur le thème "De quoi parlent les hommes". Mais cette séquelle nous laisse froid, car elle n'a qu'une ambition : vous piquer 300 roubles au moment des fêtes, lorsque votre coeur généreux est le plus affamé d'humour.
Ces 4 mêmes bougres célèbrent le réveillon du 31 à nos dépends, avec une idée profondément stupide : ils sont enfermés dans un bureau à attendre qu'on vienne les buter parce que l'un d'entre eux à manqué de respect à l'épouse d'un mafieux. Une vraie salope, soit dit en passant. Est-il vraiment besoin de le préciser ? Les dames le sont toutes plus ou moins, aux dires du quatuor. Qui nous rebalance sans scrupules les mêmes grosses vannes qu'il y a deux ans, avec moins d'entrain et plus de pesanteur. Vous me suivez ? Passez donc votre chemin, il n'y a rien d'intéressant à voir.
Nos personnages s'emmerdent à l'écran dans l'attente de leur mort, et nous les spectateurs, nous nous ennuyons d'autant plus. Le manque d'inspiration tente de se dissimuler sous des personnages secondaires aussi ridiculement mal écrits que joués. Freud et Tolstoï sont convoqués pour apporter leur caution "intellectuelle" à 4 gusses empêtrés dans des imbroglios vaudevillistes d'une banalité totale. Les phallocrates sont fatigués de tromper leurs épouses à tout va, et nous de leurs conflits internes. Leurs épouses sont d'une stupidité irréelle. Quelques passages croustillant cependant. L'un, très visiblement inspiré de Bunuel, où (voir photo) notre quart de héros se trouve sociologiquement disséqué avec son étudiante devant un amphi plein d'étudiants benêts. Un autre voit l'acteur Efremov interpréter avec un plaisir évident un pope souhaitant à une assemblée de flics véreux une année "pleine d'immigrés sans papiers, de conducteurs bourrés...". Troisième et dernière séquence amusante : une cérémonie d'anti mariage ou la mairesse commande aux non époux "de vivre longtemps heureux hors du mariage, sans les infâmes anneaux et les engueulades inéluctables".
Et moi je vivrai simplement sans plus écouter ce dont "parlent les mecs".
"О чем говорят мужчины" est une comédie d'essence soviétique, bourrée de clins d'œil aussi ésotériques pour l'Occidental qu'ils sont évidents au sovok (personne née en URSS), même de bas âge. Dmitri Dyatchenko et Rostislav Haït ont imaginé une comédie assez réussie mais prévisible, jonglant avec les clichés du vaudeville russe et pour cette raison difficilement exportable. 4 amis mâles juste en dessous de la quarantaine partent ensemble en voiture de Moscou à Odessa pour un week-end de bacchanales. Un seul d'entre eux n'est pas marié (il répète plus souvent qu'à son tour : "c'est pour cela que je ne me suis pas marié").Les compères s'échappent de leurs couples respectifs pour rouspéter tant qu'ils peuvent contre les bonnes femmes. Et de deviser sur l'impossibilité et du grand danger qu'il y aurait à ne pas tromper sa femme. Une vision mâlocentriste, totalement phallocrate et décomplexée de la question, le genre de film qu'il est absolument impossible de tourner en France. Je m'imagine sans peine la vague de haine qu'un tel film soulèverait dans l'hexagone, où de tels discours ont disparus des grands écrans depuis 30 bonnes années. La Russie ayant émoussé au fil des années ma sensibilité au "politiquement incorrect", j'ai beaucoup rit et me suis un peu ennuyé aussi car le "road-movie" n'est pas du tout une spécialité russe et le film manque de rythme. La réflexion n'est pas poussée bien loin, car nos quatre hommes sont tous bien dans leur peau et ont accès sans peine aux dessous de jolies filles deux fois plus jeunes qu'eux.
La culmination du film est un fantasme de Haïm (avec gros clin d'oeil à Fellini) où il fête son anniversaire sur un bateau. Les invités : toutes les filles avec qui il a couché. Elles sont rayonnantes, l'adorent. Au cours de la célébration, il prend le micro et leur présente... son épouse "certaines d'entre vous ignoriez même son existence" lâche-t-il, sans ironie. L'épouse légitime est attendrie de tant d'honneurs. Tombant nez à nez avec sa meilleure amie, elle ne reproche à Haïm que de l'avoir trompée dans un hôtel proche de son domicile ("j'étais en vacances à ce moment-là") alors qu'il aurait pu économiser l'argent de la chambre pour lui acheter une fourrure...
Nos quatre larrons sont bien portants, ont de bonnes situations et des épouses fort sexy. Mais ils ne s'en contentent pas, car ce sont des russes. Et oui ! Quand on a du fric en Russie, on couche avec tout le monde, sauf sa légitime. La fidélité est une chose incongrue. La tentation est trop grande et les demoiselles ont la jambe légère devant "un vrai homme". Denrée rare, sans doute ? Toujours est-il que nous autres occidentaux observons les doutes et les frustrations de ces quatre machos avec envie : si seulement nous avions leurs problèmes...
C'est la comédie dont nous avions besoin pour nous réconcilier avec le genre léger. Si vous n'explosez pas une dizaine de fois pendant ce film de Dmitri Gtrachev, de deux choses l'une : soit vous êtes un pisse-froid incurable, soit vous êtes trop loin de Moscou pour comprendre. Невестой Любой Ценой transpire du cynisme et de l'arrogance baignant Corporate Russia. Comme le résume notre héro interprété par Pavel Volya, "Je n'ai pas changé : je suis prêt à marcher sur la tête de n'importe qui, je suis prêt à tout pour arriver à mes fins". Egoïste brutal et totalement décomplexé, son seul conflit interne tient lieu entre la satisfaction de ses besoins libidineux et son objectif professionnel. Entre sauter la copine de l'oligarque-mafieux investisseur principal et se faire élire vice-président, il choisit la blonde (et son infect clébard de poche). Pendant ce temps, son alter ego féminin (Lubov Tolkanina, dans une performance pas loin d'égaler la Nicole Kidman de "Prête à tout") manœuvre entre les lits pour lui piquer sa place.
Le thème des "Liaisons Dangereuses" plane derrière ce film, pour la énième fois, sans lasser cette fois-ci. La cruauté du personnage principal n'est même pas masquée par le rire. Il est tel qu'il est, ne s'en cache pas, et cette absence complète d'hypocrisie rachète ses fautes. Après tout, l'auteur n'a pas cru bon - et on l'en remercie - de coller une fin moralisatrice, ni même une happy-end. Ce n'est qu'un cycle. Faites juste en sorte de ne pas laisser votre copine à portée de Pavel Volya.
Montage ultra rapide, caméra à la Guy Ritchie, enfilade de gags à la Jim Carrey, Невеста любой ценой décoiffe aussi sur le plan formel et vole nettement au-dessus du reste de la production de comédies légères russes. L'influence évidente de Jim Carrey sur Pavel Volya est plutôt une bonne chose, car elle apporte un plus et ne tombe pas comme un plagiat collé sur une mauvaise bobine. La musique est trop présente, mais elle n'est pas là pour vendre un disque, elle est utilisée au second degré et se distingue aussi par sa cohérence (2 groupes jouent des morceaux spécialement composés pour le film, tous chantés en anglais).
Du cinéma cynique pour moscovites cyniques.
Et une nouvelle variation sur le thème - galvaudé - des liaisons dangereuses! Celle-ci ressemble fort à "Cruel Intentions" quoique beaucoup moins fidèle au récit de Choderlos de Laclos. C'est bien dommage, car le résultat est beaucoup moins épicé. Dans notre cas nous n'avons que 3 copains concourant entre eux. Les filles sont réduites au rang de proies, à des seconds rôles peu construits où elles apparaissent soient idiotes soit viles, soit le plus souvent les deux.
Le héros du film joué par Andreï Krioukov, est l'archétype du beau gosse de chez qui tu vois une blonde sortir en vitesse, décoiffée et l'air fâchée, à chaque fois que tu lui rend visite. Lui et son Don Juan rival se montrent à l'aise dans leurs personnages cyniques, mais qui ne le serait pas dans un Moscou où le cynisme a été érigée en unique stratégie comportementale menant au succès ? Autant dire qu'ils ne jouent tout simplement pas. Le 3ème larron photographie leurs exploits et s'initie laborieusement à l'amour libre.
Le seul personnage féminin à peu près consistant est la principale victime du trio. Une rousse d'une stupidité et d'une naïveté telle qu'elle est capable sans faire exprès de "dépuceler tout un lycée en un semestre".
Malheureusement, les auteurs du film ne veulent pas montrer la réalité telle qu'elle est et nous servent un happy end ridicule, tombé comme un cheveu sur la soupe. Le méchant cynique est désavoué, les demi cyniques se rachètent (mariage). Les gentils sont très heureux et ont beaucoup d'enfants.
Tant qu'à verser dans les bons sentiments, le film aurait pu nous faire la leçon "puisque vous baisez de ci de là, portez au moins des capotes". Malheureusement, le seul moment où elles apparaissent dans le film, c'est pour symboliser le mal, le sexe sans sentiment. Ils glissent d'une poche et la femme se détourne avec horreur. Pas une fois ils ne sont utilisés lors des nombreuses copulations. Soit dit en passant, ne vous attendez pas à des scènes torrides. Un seul et même maigre téton apparaît à deux reprises, pas de quoi y repenser sous la couette. Ni utile, ni agréable ! Quel est l'intérêt de ce film ? Le cynisme du héros est lui mis sur le compte d'une mère volage dont il a été contraint d'entendre les orgasmes "toute sa jeunesse". Ce pauvre gosse habite sur une planète où le féminisme n'a jamais mis ses pieds poilus. Toute la culpabilité est rejeté sur une mère mauvaise de n'avoir pas couché toute sa vie avec son père. Maman mettait à chaque fois de la musique pour masquer ses cris, ce qui a eu pour conséquence de dégouter le héros de tous les hits des années 90.
Le film s'acharne lui à dégoutter les spectateur de la musique des années 2000. Gêné par l'imbécilité du scénario, le monteur recourt systématiquement à la même musique pour fondre les scènes les unes dans les autres. Une sorte d'ignoble jingle télé nous est resservi à d'innombrables reprises, c'est pourquoi ce film doit impérativement être visionné sur DVD, histoire de pouvoir couper rapidement le son. Tant qu'à faire, évitez tout simplement de le voir !