Une petite histoire qui en raconte une grande. En toile de fond : piété orthodoxe imitée, propagande informationnelle constante, respect des convenances masquant un égoïsme forcené. Le mari vend des produits financiers dans une société appartenant à un patron ultra-orthodoxe. Il réalise qu'il doit se remarier vite fait pour que personne au boulot ne remarque son divorce. Il reproduit immédiatement ailleurs son premier mariage raté. La mère déteste ouvertement son enfant, sa mère (c'est réciproque) et veut être heureuse. Cette misère sentimentale paraît la norme, puisqu'elle ne déclenche pas de réaction horrifiée dans l'entourage du couple. Le défaut d'amour émane d'une société baignant dans sa propre méchanceté. Zviagintsev lie la petite histoire à la grande par le biais d'une télévision déversant sur tous les insanités de Dmitri Kiselev.
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vendredi 2 juin 2017
Нелюбовь (Faute d'amour) Andreï Zvyagintsev 2017
Une petite histoire qui en raconte une grande. En toile de fond : piété orthodoxe imitée, propagande informationnelle constante, respect des convenances masquant un égoïsme forcené. Le mari vend des produits financiers dans une société appartenant à un patron ultra-orthodoxe. Il réalise qu'il doit se remarier vite fait pour que personne au boulot ne remarque son divorce. Il reproduit immédiatement ailleurs son premier mariage raté. La mère déteste ouvertement son enfant, sa mère (c'est réciproque) et veut être heureuse. Cette misère sentimentale paraît la norme, puisqu'elle ne déclenche pas de réaction horrifiée dans l'entourage du couple. Le défaut d'amour émane d'une société baignant dans sa propre méchanceté. Zviagintsev lie la petite histoire à la grande par le biais d'une télévision déversant sur tous les insanités de Dmitri Kiselev.
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mercredi 16 novembre 2016
Sous les rayons du soleil (В лучах солнца) Les coulisses poisseuses de la Corée du Nord
Vitali Manski a réussi l'exploit de tromper les propagandistes de Corée du Nord en prétendant filmer un documentaire sur la vie merveilleuse d'une jeune fille modèle, en suivant à la lettre un script écrit par PyongYang. En laissant tourner sa caméra en dehors du script, il a sauvé des images montrant l'envers du décor.
Second exploit, Manski a pu diffuser son film dans quelques salles moscovites, malgré une circulaire menaçante du ministère de la culture de Moscou. Plusieurs salles ont décliné, d'autres ont eu le courage de projeter ce film au public. Moscou craint-il le courroux de PyongYang (extrèmement mécontent évidemment d'avoir été piégé) ou s'est elle effrayée qu'on puisse tracer des parallèles avec la propagande russe ?
Sous les rayons du soleil suit le quotidien d'une jeune fille nord coréenne sous les conseils obtus d'un commissaire politique et d'un groupe de propagandistes sous doués. Manski ne nous épargne pas les répétitions, les prises ratées et le lavage de cerveau allant de pair avec l'imbitable idéologie "Juche" s'infiltrant dans tous les recoins de l'existence. C'est assez pénible et soporifique.
L'un des aspects les plus réussit du film est la capture des émotions de la jeune fille, quand son esprit lutte contre le lavage de cerveau et contre le desespoir d'une vie totalement morne. Les adultes portent tous un masque Juche excluant toute émotion sincère.
Manski réussit une belle photographie entre les images volées et les cadres pompeux, les travellings astucieux et les gros plans insidieux. Ayant moi-même mis les pieds en Corée du Nord, j'imagine l'étroitesse du contrôle sur l'équipe russe, car les plans volés sont rares et la saleté, la misère et l'arriération du pays se voient finalement assez peu dans le montage final.
Le point noir du film est sa musique originale : un quatuor à corde jouant une partition romantique larmoyante et sans imagination, qui aurait pu accompagner un documentaire sur la Baltique, mais certainement pas les coulisses d'un monde à la fois cauchemardesque, exotique et totalement gris. Par contraste, les percussions traditionnelles nord coréennes entendues lors des leçons de danse sont infiniment plus riches et illustratives du propos.
Second exploit, Manski a pu diffuser son film dans quelques salles moscovites, malgré une circulaire menaçante du ministère de la culture de Moscou. Plusieurs salles ont décliné, d'autres ont eu le courage de projeter ce film au public. Moscou craint-il le courroux de PyongYang (extrèmement mécontent évidemment d'avoir été piégé) ou s'est elle effrayée qu'on puisse tracer des parallèles avec la propagande russe ?
Sous les rayons du soleil suit le quotidien d'une jeune fille nord coréenne sous les conseils obtus d'un commissaire politique et d'un groupe de propagandistes sous doués. Manski ne nous épargne pas les répétitions, les prises ratées et le lavage de cerveau allant de pair avec l'imbitable idéologie "Juche" s'infiltrant dans tous les recoins de l'existence. C'est assez pénible et soporifique.
L'un des aspects les plus réussit du film est la capture des émotions de la jeune fille, quand son esprit lutte contre le lavage de cerveau et contre le desespoir d'une vie totalement morne. Les adultes portent tous un masque Juche excluant toute émotion sincère.
Manski réussit une belle photographie entre les images volées et les cadres pompeux, les travellings astucieux et les gros plans insidieux. Ayant moi-même mis les pieds en Corée du Nord, j'imagine l'étroitesse du contrôle sur l'équipe russe, car les plans volés sont rares et la saleté, la misère et l'arriération du pays se voient finalement assez peu dans le montage final.
Le point noir du film est sa musique originale : un quatuor à corde jouant une partition romantique larmoyante et sans imagination, qui aurait pu accompagner un documentaire sur la Baltique, mais certainement pas les coulisses d'un monde à la fois cauchemardesque, exotique et totalement gris. Par contraste, les percussions traditionnelles nord coréennes entendues lors des leçons de danse sont infiniment plus riches et illustratives du propos.
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mardi 20 janvier 2015
Léviathan (Левиафан) *****
Léviathan, une "courageuse dénonciation du régime Poutine" ou une "contrefaçon opportuniste et russophobe pour les besoins de l'Occident" ? La critique sévère portée par le réalisateur Zvyagintsev sur la Russie actuelle ancre solidement le film dans le champ politique.
C'est comme un écho à la performance de Pussy Riot dans la cathédrale du Christ Saint Sauveur, citée à deux reprises dans le film. Le haut clergé orthodoxe est décrit comme un rouage du pouvoir, un outil et un complice de la corruption totale sévissant dans la province.
"Le pouvoir vient de Dieu", tonne le hiérarque de l'église jouant un rôle pivot dans la narration.
Le sermon du même homme, à la fin du film, est le moment le plus pénible. Car il révèle le mécanisme de pensée à l'oeuvre aujourd'hui. Une pensée archaïque, profondément antidémocratique.
Tourné près de Kirovsk, dans la péninsule de Kola, Léviathan est un film profondément pessimiste. Il suggère un désastre imminent et inéluctable, car aucune force n'est capable ou même ne veut s'opposer à la corruption totale.
C'est comme un écho à la performance de Pussy Riot dans la cathédrale du Christ Saint Sauveur, citée à deux reprises dans le film. Le haut clergé orthodoxe est décrit comme un rouage du pouvoir, un outil et un complice de la corruption totale sévissant dans la province.
"Le pouvoir vient de Dieu", tonne le hiérarque de l'église jouant un rôle pivot dans la narration.
Le sermon du même homme, à la fin du film, est le moment le plus pénible. Car il révèle le mécanisme de pensée à l'oeuvre aujourd'hui. Une pensée archaïque, profondément antidémocratique.
Tourné près de Kirovsk, dans la péninsule de Kola, Léviathan est un film profondément pessimiste. Il suggère un désastre imminent et inéluctable, car aucune force n'est capable ou même ne veut s'opposer à la corruption totale.
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lundi 15 décembre 2014
ARTDOCFEST The Donetsk People's Republic (or the curious tale of the handmade country) by Anthony Butts
Chapeau bas à Anthony Butts, qui pendant deux mois (mai et juin 2014) a filmé au plus près une poignée d'activistes et de responsables de la République Populaire de Donetsk. L'homme est courageux. Il a d'abord gagné leur confiance (pas évident pour un citoyen britannique) et les a filmé tels qu'ils sont : rugueux, brutaux, simples, ambitieux, frustrés, cupides. Et idiots.
On les voit abuser de leur pouvoir, extorquer de l'essence, se disputer entre eux, sortir leur pétoire pour un oui ou pour un non, confier leur désir d'enrichissement, brutaliser leurs opposants...
"L'étonnante histoire de la DNR", ou comment une bande de droits communs saisit le pouvoir et règne par la force sur une population paupérisée et humiliée. Tout allait mal ; maintenant, c'est bien pire.
Butts filme un bon tiers du film à la caméra cachée. Un risque énorme. S'il avait été surpris, il aurait pu payer de sa vie.
Page Vimeo du réalisateur Anthony Butts
On les voit abuser de leur pouvoir, extorquer de l'essence, se disputer entre eux, sortir leur pétoire pour un oui ou pour un non, confier leur désir d'enrichissement, brutaliser leurs opposants...
"L'étonnante histoire de la DNR", ou comment une bande de droits communs saisit le pouvoir et règne par la force sur une population paupérisée et humiliée. Tout allait mal ; maintenant, c'est bien pire.
Butts filme un bon tiers du film à la caméra cachée. Un risque énorme. S'il avait été surpris, il aurait pu payer de sa vie.
Page Vimeo du réalisateur Anthony Butts
jeudi 6 février 2014
Dur d'être Dieu (Трудно быть Богом) *****
L'année 2013 fut une moisson décevante pour le cinéma russe. Heureusement, 2014 commence sur les chapeaux de roue avec Dur d'être Dieu, un époustouflant chef d'oeuvre. Quoique le lien entre 2014 et le dernier film d'Alexeï Guerman soit ténu. En effet, le projet date de 1968, quand Guerman et Boris Strougatski (auteur du roman du même nom) sont tombés d'accord pour travailler ensemble sur l'adaptation. Il est vite apparu évident qu'une observation aussi crue et radicale du totalitarisme ne pourrait être réalisée en URSS. Le projet n'a redémarré qu'en 1999 (entre temps, Svetlana Karmalita avait remplacé Strougatski pour la coécriture du scénario), avec un tournage qui a duré sept ans (de 2000 à 2006) suivit de six longues années de post-production. Guerman est mort il y a exactement un an, épuisé par une longue maladie et par le travail titanesque effectué autour de son dernier film, qui est certainement la toile la plus longuement et impatiemment attendue des vingt dernières années.
S'il est dur d'être Dieu, regarder trois heures du film n'est pas non plus tâche aisée. Ce sont trois heures éprouvantes passées à partager le profond pessimisme de Guerman. Le réalisateur nous plonge dans un décor médiéval hyperréaliste, d'où ressortent une foule de détails pénibles et répugnants. Boue, sang, excréments, pluie, déchets, entrailles occupent la majeure partie de l'écran et du temps. Il est dur d'être Dieu - et spectateur - face à une humanité régressive, tout entière voracement occupée à son autodestruction.
Guerman n'a pas filmé une oeuvre voyeuriste ou macabre. Il a pris un soin extrême aux détails parce qu'il est un perfectionniste de la trempe de Kubrick ou de Bergman. L'objectif est d'éveiller chez le spectateur une réflexion d'ordre philosophique sur la nature de l'homme et d'une série de phénomènes constants dans son histoire : pouvoir, totalitarisme, violence, obscurantisme, imbécilité. Le décor moyenageux est en réalité une limbe intemporelle dont l'humanité est prisonnière. Le moyen-âge existe à l'état latent en chacun de nous. D'où l'horreur d'assister à ce spectacle.
Le film n'indisposera pas le pouvoir actuel, car sa cible est universelle. Il n'y a pas d'allusion directe à la Russie ou à l'URSS, hormis au tout début lorsqu'une voix hors champ caractérise Arkanar (lieu fictif de l'action) comme un territoire ayant tourné le dos à la Renaissance.
Le film est tiré d’un roman
des très prolixes frères Strougatski, qui ont déjà inspiré des adaptations à de grands
réalisateurs comme Tarkovski, Lopouchanski ou Sokourov. Mais Guerman s’écarte significativement de la
perspective humaniste du roman. Au lieu de s’interroger sur le sens moral d’une
intervention de l’homme cultivé moderne dans un conflit médiéval extraterrestre,
Guerman gomme rapidement la différence entre le premier et les seconds. Ecce
homo (ainsi est l’homme), nous dit Guerman, le vernis civilisationnel ne s’écaille
que trop vite. La bête en nous se réveille dès que le pouvoir permet de
transgresser les règles morales.
Déroutant,
unique, tournée en noir et blanc, Dur d'être Dieu ne s'apparente à rien de connu. Il peut évoquer par son message ou sa forme des chefs d'oeuvres comme le Salo de Pier Paolo Pasolini, J’irai comme un cheval fou de Fernando
Arrabal, Aguirre la colère de Dieu de Werner Herzog ou Apocalypse now de Francis
Ford Coppola. C'est probablement le dernier rejeton du cinéma aventureux et risqué des années 70.
Dur d'être Dieu continue à hanter la pensée du spectateur longtemps après la projection. Très longtemps. C'est un film qui marque à jamais son spectateur. C'est pourquoi il est d'ores et déjà un film culte. Une pièce de choix dans la mémoire de tout cinéphile.
samedi 30 mars 2013
Pour Marx (За Маркса...) Retour du cinéma politique ***
C'est un thème traditionnel du cinéma politique : une usine, des licenciements, un syndicat indépendant, un patron ignoble, une répression sanglante, un pouvoir complice. Un traitement qu'on n'avait pas vu depuis longtemps sur les écrans russes.
Et ce titre "Pour Marx", promesse de tirades idéologiques. Ce n'est fort heureusement pas le cas. De Marx, il reste la lutte des classes et cette interrogation centrale, verbalisée au milieu du film, par un des personnage principaux : "Le patron et nous, faisons-nous partie du même peuple ?". La question du syndicaliste reste en suspend, mais le film répond clairement " Non !"
Et pourtant... le jeune patron irascible et meurtrier est le fils du gouverneur de la région, un homme fatigué de ses propres péchés, et qui veut renouer avec son premier fils, qu'il a abandonné il y a bien longtemps. Ce fils secret se trouve être le cerveau de la rébellion syndicale. Et donc demi-frère du patron. Et sa victime. D'où cette ambiguïté : unité de famille, mais pas de peuple.
Nous assistons à la démolition physique d'une cellule syndicale par le patron de l'entreprise métallurgique. A coups de revolvers, de couteau, écrasée par un camion. Des éliminations physiques dans la plus parfaite impunité. Tout le monde sait qui est le coupable, mais la réaction de la famille de l'une des victimes est d'agresser un des syndicalistes restant (en le jetant vivant dans une fosse tombale fraîchement creusée). Il ne faut pas ouvrir la boîte de Pandore.
Le film appartient à la catégorie des désespérants. Il m'a fait penser à "Ice" de Robert Kramer (1970), bien qu'il soit dépourvu d'éléments d'avant-garde. Mais l'atmosphère est identique, à cause de la violence implacable de l'oppresseur, de l'impasse et de l'isolement complet où se trouvent rapidement coincés les protagonistes.
La réalisatrice Svetlana Baskova prend bien soin de ne pas faire remonter l'accusation au-delà de la "famille" du gouverneur. Pas d'allusion à Poutine ou au Kremlin. Il s'agit d'une situation archétypale de la Russie de ces 20 dernières années, avec un patron diabolisé et des ouvriers désorganisés par des syndicats collabos. Une seule accusation dépasse le cadre région/usine pour atteindre un plan historique. Le gouverneur est qualifié de traître pour n'avoir pas soutenu le "Putsch de Moscou" des généraux du KGB en août 1991. Signe - mais je peux me tromper - que la réalisatrice regrette profondément la fin de l'URSS. Le titre un peu gratuit du film sonne comme un cri strident d'engagement politique par dessus un film plus discret.
Pour Marx possède d'autres éléments discutables, comme la trop longue tirade d'un des syndicaliste sur le cinéma français de la "Nouvelle Vague". Baskova s'acharne à vouloir nous dépeindre les syndicalistes d'usine comme le sel de la terre, comme la véritable intelligentsia russe, sans réaliser que cette insistance finit par sombrer dans le ridicule.
Et malheureusement, la fin - que je m'abstiens de dévoiler - s'affale dans le grotesque.
Visiblement tourné avec trois bouts de ficelle, Pour Marx est promis à une carrière en salle des plus modestes. Il n'était programmé que dans trois salles moscovites, et dans les trois cas - c'est un comble - sous forme de DVD/projecteur de bureau. Les producteurs n'ont même pas trouvé assez d'argent pour sortir des bobines ! Et pourtant, le film a été projeté dans une dizaine de festivals, dont la Berlinale 2013. Le retour du cinéma politique en Russie se fait donc dans la plus grande discrétion.
Fiche complète du film sur Kinoglaz
Et ce titre "Pour Marx", promesse de tirades idéologiques. Ce n'est fort heureusement pas le cas. De Marx, il reste la lutte des classes et cette interrogation centrale, verbalisée au milieu du film, par un des personnage principaux : "Le patron et nous, faisons-nous partie du même peuple ?". La question du syndicaliste reste en suspend, mais le film répond clairement " Non !"
Et pourtant... le jeune patron irascible et meurtrier est le fils du gouverneur de la région, un homme fatigué de ses propres péchés, et qui veut renouer avec son premier fils, qu'il a abandonné il y a bien longtemps. Ce fils secret se trouve être le cerveau de la rébellion syndicale. Et donc demi-frère du patron. Et sa victime. D'où cette ambiguïté : unité de famille, mais pas de peuple.
Nous assistons à la démolition physique d'une cellule syndicale par le patron de l'entreprise métallurgique. A coups de revolvers, de couteau, écrasée par un camion. Des éliminations physiques dans la plus parfaite impunité. Tout le monde sait qui est le coupable, mais la réaction de la famille de l'une des victimes est d'agresser un des syndicalistes restant (en le jetant vivant dans une fosse tombale fraîchement creusée). Il ne faut pas ouvrir la boîte de Pandore.
Le film appartient à la catégorie des désespérants. Il m'a fait penser à "Ice" de Robert Kramer (1970), bien qu'il soit dépourvu d'éléments d'avant-garde. Mais l'atmosphère est identique, à cause de la violence implacable de l'oppresseur, de l'impasse et de l'isolement complet où se trouvent rapidement coincés les protagonistes.
La réalisatrice Svetlana Baskova prend bien soin de ne pas faire remonter l'accusation au-delà de la "famille" du gouverneur. Pas d'allusion à Poutine ou au Kremlin. Il s'agit d'une situation archétypale de la Russie de ces 20 dernières années, avec un patron diabolisé et des ouvriers désorganisés par des syndicats collabos. Une seule accusation dépasse le cadre région/usine pour atteindre un plan historique. Le gouverneur est qualifié de traître pour n'avoir pas soutenu le "Putsch de Moscou" des généraux du KGB en août 1991. Signe - mais je peux me tromper - que la réalisatrice regrette profondément la fin de l'URSS. Le titre un peu gratuit du film sonne comme un cri strident d'engagement politique par dessus un film plus discret.
Pour Marx possède d'autres éléments discutables, comme la trop longue tirade d'un des syndicaliste sur le cinéma français de la "Nouvelle Vague". Baskova s'acharne à vouloir nous dépeindre les syndicalistes d'usine comme le sel de la terre, comme la véritable intelligentsia russe, sans réaliser que cette insistance finit par sombrer dans le ridicule.
Et malheureusement, la fin - que je m'abstiens de dévoiler - s'affale dans le grotesque.
Visiblement tourné avec trois bouts de ficelle, Pour Marx est promis à une carrière en salle des plus modestes. Il n'était programmé que dans trois salles moscovites, et dans les trois cas - c'est un comble - sous forme de DVD/projecteur de bureau. Les producteurs n'ont même pas trouvé assez d'argent pour sortir des bobines ! Et pourtant, le film a été projeté dans une dizaine de festivals, dont la Berlinale 2013. Le retour du cinéma politique en Russie se fait donc dans la plus grande discrétion.
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