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mardi 10 décembre 2013

Le géographe a picolé tout le globe (Географ глобус пропил) ***

Perm, Oural. L'épouse de Victor, une harpie, le quitte pour son meilleur ami. Il n'a pas un sou et s'engage dans l'enseignement, une vraie galère. Prof de géographie, il déteste la classe et s'imbibe de plus en plus. Il touche le fond au cours d'une sortie rafting facultative avec quelques élèves.

Tragicomédie provinciale emmenée par le très populaire acteur Konstatin Khabenski et réalisée par le médiocre Alexandre Veledinski, dont c'est de loin le meilleur film (ses oeuvres passées sont inregardables). On y retrouve une Russie provinciale oscillant entre la vodka et l'ennui, vaudeville et sentimentalisme. Le personnage de Victor est bien sympathique, on compatit aux malheurs qu'il boit jusqu'à la lie. Mais finalement, n'a-t-on pas déjà vu ce film dix fois, cent fois ? Que nous dit-il de nouveau sur la vie, la Russie, aujourd'hui ? Rien. Un moment agréable, sans longueurs, mais sans grandes émotions ni crise d'hilarité. Point de catharsis.



Fiche complète sur Kinoglaz

vendredi 6 décembre 2013

Gorko ! (Горько!) Collision fâcheuse entre Dogma et une comédie locale - ***

Le jeune réalisateur Jora Kryvojnikov filme un mariage dans la région de Krasnodar (Sud de la Russie) à la manière de Vinterberg dans Festen. A la "Dogma", caméra à l'épaule, montage basique, raccord-temps. Le cinéma populaire russe peut-il se marier avec l'avant-garde européenne ? Pourquoi pas... Dogma est depuis longtemps sorti de l'avant-garde. Avec un scénario solide et de bons acteurs, le résultat aurait pu être convaincant. Mais Gorko ! ("amer" - c'est ce que les invités hurlent aux jeunes mariés pour les forcer à se rouler des pelles) ne parvient pas à se hisser au-dessus de la masse des comédies russes destinées à la télé. Les acteurs manquent d'épaisseur, surtout le jeune couple (elle est l'épouse de Kryvojnikov). Au fond, c'est un film utile à regarder avant d'être invité à un mariage russe. Vous êtes préparés psychologiquement. "Mariage" de Lounguine, était bien plus drôle et tragique en même temps. C'était une plongée remarquablement précise et honnête dans la Russie effondrée des années 90. Gorko! est aussi un quasi-remake de la comédie britannique The Wedding Video sortie en 2012.

Gorko ! a fait un carton au box office russe. A coûté un million de roubles pour en rapporter (après juste deux semaines en salles) 25 millions. C'est sa qualité principale.

Fiche complète (en russe)

lundi 19 novembre 2012

Jusqu'à ce que la nuit nous sépare (Пока ночь не разлучит) comédie de moeurs ***

Fiche complète sur kinoglaz.fr

Boris Khlebnikov (Koktebel, Nage libre, Aide folle) signe ici un film peu passionnant, mais qui passe vite. Lorsque la grande baston finale clôt le film, on se demande encore quand est-ce qu'il va passer le prologue. Le film se base sur des bribes de discussions récoltées dans un grand restaurant moscovite. Vous allez donc, spectateurs, observer ce qui préoccupe la classe russe aisée. C'est d'autant plus paradoxal, car Khlebnikov est complètement fauché, n'a pas payé ses acteurs (leur promettant simplement un pourcentage au cas où le film gagne de l'argent). Ce qui n'est évidemment pas le cas. A sa décharge, ils ont tous des rôles minuscules et faciles (j'imagine que certains étaient prêts à payer pour pouvoir se friter légalement entre acteurs !).


Khlebnikov nous avait habitué à filmer plutôt les Russes fauchés, perdus, grillés ou qui se dirigent à grands pas vers une situation complètement désespérée. Est-ce par désespoir de ne plus trouver de financements pour ses films qu'il s'est résolu à filmer l'univers glamour des gens friqués ? La rage qui saisit les clients du restaurant illustre plutôt à la sienne, de cinéaste, dans un pays tombé entre les mains de personnes préoccupées uniquement par la réussite matérielle. Où on en est réduit à filmer à l'oeil des acteurs célèbres parce qu'il n'est pas possible de financer correctement le cinéma d'auteur.

mardi 21 août 2012

Мой папа Барышников (2011) Mon père, c'est Baryshnikov ! ****


Pas de Perestroïka pour Boria, un gamin rêvant de devenir danseur étoile au Bolchoï. Pour l'instant, il est le canard boiteux de sa classe de danse, et la ballerine vedette de l'école, qu'il aime éperdument, l'ignore somptueusement. Alors que tout semble vraiment mal s'engager pour Boria, il s'auto persuade qu'il est le fils de Baryshnikov.
Cette comédie douce-amère recrée l'ambiance frugale et morose de l'ère gorbatchévienne, où les rêves décuplent proportionnellement à la frugalité croissante de l'existence. Les réalisateurs Dmitri Povolotski et Mark Drugoi font passer le message via une voix off : les coups que Boria prend sur la gueule, parfois mérités mais le plus souvent injustes, l'ont sorti de ses rêves et lui ont permit de réussir dans l'ère suivante. On ne l'a pas laissé atteindre l'excellence en matière artistique. Il a développé un talent dans les affaires. S'est payé le Bolchoï. Son nom est finalement sur l'affiche.
En filigrane, une histoire de juif russe, punit d'être "spéculateur", trop malin, trop indépendant, et qui prend sa revanche en devenant oligarque lorsque le régime bascule.
Les amateurs de ballets trouveront certainement une tapée d'imperfections dans les pointes du jeune Dmitri Vyskoubenko, mais son interprétation épate. Il est juste de bout en bout et porte tout le film sur ses frêles épaules.

lundi 16 juillet 2012

Гоп-Стоп (Gop Stop) 2010 mauvaise satire du bled, **

Ca démarre très bien avec un paysage planté dans le plus nauséabond marais du néo-féodalisme provincial. On s'attend à une comédie corrosive cognant sauvagement sur les crapules pillant le pays à l'aide des oripeaux du pouvoir. Une poignée de Tchinovniki (fonctionnaires) mange-touts, des jeunes vauriens, des ivrognes et des sovoki rouillés.
Malheureusement, on cesse complètement de rigoler au bout de 20 minutes. La bouffonnerie tourne au grotesque. Le jeu des acteurs devient de plus en plus approximatif et stéréotypé. Les personnages ne sont plus truculents, ils sont éculés. Le scénario pédale dans la semoule avec une histoire de faux Robin des Bois et on finit par s'ennuyer pour de bon. Ca reste très loin derrière le Jmourki de Balabanov. Dommage d'avoir saboté la bonne idée de départ. Pavel Bardin aurait pu saisir le Zeitgeist et atteindre le rang de film-culte si seulement il avait terminé son scénario avant de commencer à tourner !

vendredi 20 janvier 2012

О чем еще говорят мужчины (Dyachenko) Trompé de cible **

De quoi (d'autre) parlent les mecs ?
Ces 4 lascars sont bien sympathiques. La troupe Kvartet И nous a bien amusé il y a deux ans avec une première comédie sur le thème "De quoi parlent les hommes". Mais cette séquelle nous laisse froid, car elle n'a qu'une ambition : vous piquer 300 roubles au moment des fêtes, lorsque votre coeur généreux est le plus affamé d'humour.
Ces 4 mêmes bougres célèbrent le réveillon du 31 à nos dépends, avec une idée profondément stupide : ils sont enfermés dans un bureau à attendre qu'on vienne les buter parce que l'un d'entre eux à manqué de respect à l'épouse d'un mafieux. Une vraie salope, soit dit en passant. Est-il vraiment besoin de le préciser ? Les dames le sont toutes plus ou moins, aux dires du quatuor. Qui nous rebalance sans scrupules les mêmes grosses vannes qu'il y a deux ans, avec moins d'entrain et plus de pesanteur. Vous me suivez ? Passez donc votre chemin, il n'y a rien d'intéressant à voir.
Nos personnages s'emmerdent à l'écran dans l'attente de leur mort, et nous les spectateurs, nous nous ennuyons d'autant plus. Le manque d'inspiration tente de se dissimuler sous des personnages secondaires aussi ridiculement mal écrits que joués. Freud et Tolstoï sont convoqués pour apporter leur caution "intellectuelle" à 4 gusses empêtrés dans des imbroglios vaudevillistes d'une banalité totale. Les phallocrates sont fatigués de tromper leurs épouses à tout va, et nous de leurs conflits internes. Leurs épouses sont d'une stupidité irréelle. Quelques passages croustillant cependant. L'un, très visiblement inspiré de Bunuel, où (voir photo) notre quart de héros se trouve sociologiquement disséqué avec son étudiante devant un amphi plein d'étudiants benêts. Un autre voit l'acteur Efremov interpréter avec un plaisir évident un pope souhaitant à une assemblée de flics véreux une année "pleine d'immigrés sans papiers, de conducteurs bourrés...". Troisième et dernière séquence amusante : une cérémonie d'anti mariage ou la mairesse commande aux non époux "de vivre longtemps heureux hors du mariage, sans les infâmes anneaux et les engueulades inéluctables".
Et moi je vivrai simplement sans plus écouter ce dont "parlent les mecs".

dimanche 16 octobre 2011

Бабло (l'oseille) comédie/polar plongeon négativiste ***

Tout au long du film, j'ai senti un profond dégoût pour la Russie et l'Ukraine, où se déroule l'action du film. Pourquoi ? Pas un seul personnage sympathique dans le film. Ce ne sont que bandits cruels, généraux vénaux, policiers corrompus, prostituées, hommes de main débiles, et tous, tous sans exception se trahissent les uns les autres pour du fric. Pas une seule qualité humaine n'apparaît, hormis peut-être un courage physique qui n'est engagé que pour ramasser une mallette contenant un million de dollars. Ce million de dollars, vous l'avez déjà compris, est le personnage principal du film, tourné sur un scénario moyennement ficelé (ça devient confus à la fin du premier tiers) et surtout archi rebattu, puisque tout le monde court après cette mallette.

Bouslov fait basculer le polar russe dans le négativisme absolu. C'est la première fois qu'un film me donne le désir dès les premières minutes, de me casser de cette région du monde où j'ai passé 10 ans. "Tous pourris !" dit le film, en somme. Comment peut on penser à faire des enfants dans un contexte pareil, où la vie humaine n'a pas la moindre importance et où la seule motivation des personnages est l'argent criminellement acquis ? Je suis certain que cela ne vient pas d'un désamour personnel pour la Russie (je n'ai aucunement envie de rentrer en France), mais plutôt d'une volonté délibérée d'appuyer sur un problème moral qui a atteint des proportions pharaoniques. De ce point de vue-là, Bouslov prend un gros risque personnel, car je ne suis pas le seul à percevoir une antipublicité pour la Russie. Il y a bien sûr les simples d'esprit qui passent un bon moment à rigoler, puis rêvent d'imiter ces nouvelles idôles de la décrépitude, mais d'autres, des décideurs et Tartuffes en tout genre, vont s'offusquer qu'on montre de leur patrie un visage aussi grêlé. Même le téméraire provocateur Balabanov veille à trouver dans (certains de) ses héros des aspects positifs, de la compassion, de l'amour, du désintéressement, de l'amitié... dans le noir absolu, il y a toujours un ou deux personnages qui se distinguent, soit des victimes innocentes, soit des hommes blessés cherchant la rédemption. Rien de tel dans ce film, et n'attendez pas de fin positive.

Ce négativisme absolu rappelle Ma joie de Sergeï Lozan, sorti l'année dernière. Ce n'est déjà plus un simple signe du temps, c'est une tendance du cinéma russe et un signal à la société. Le cinéma renvoie une image terrifiante de la Russie d'aujourd'hui.

Chose surprenante, Bouslov verse très peu de sang dans ce film criminel. C'est un aspect très original quand on observe la tendance épouvantablement graphique que suit l'industrie du cinéma. Ici, on ne verra que du sang maculé sur les murs après l'unique fusillade (située au 3ème étage d'un hôtel, mais filmée depuis la rue : on ne voit rien d'autre que des ombres, tout est au niveau de l'audition - une scène très réussie !).

Le côté comédie déçoit, car on ne rigole pas souvent. Le seul gag très réussit à mon avis confronte deux flics sidérés par la corruption de l'autre. Le reste du temps, quelques situations comiques apparaissent, mais on reste surtout dans le registre de la surenchère de grossièretés. Il faut une très bonne culture de l'argot criminel russe, car moi qui comprends bien les Balabanov par exemple, j'ai loupé un paquet d'expressions.  

Quelques aspects positifs : c'est un premier film. Le réalisateur Kostia Bouslov, frère cadet de Piotr Bouslov, a réussit une réalisation haletante. Le rythme est parfait pour l'action. On ne s'ennuie pas une seconde. Les acteurs sont utilisés à bon escient, c'est juste et pas surjoué, pas de clichés inutiles, et les acteurs ne sont pas des stars fatiguées, mais des seconds couteaux de séries télévisées. Bouslov junior a donc fait des économies sans pour autant nuire à la qualité du jeu. Plusieurs personnages se font remarquer comme d'excellent "rôles de caractères", avec des voix et charismes étonnants. Mais bon sang qu'ils sont tous répugnants...

mercredi 12 octobre 2011

5 fiancées / Пять невест (2011) néo soviéticon *

La demoiselle m'accompagnant a "trouvé ça chouette", ça lui rappelle "les bons vieux films soviétiques où les gens sont plein de bons sentiments" "des films que je peux revoir cinq fois". Moi, je ne peux pas. Une fois, c'est déjà suffisamment pénible. Voyez-vous ça ; 5 soldats aviateurs et camarades en 1945, stationnés en Allemagne et non démobilisés par Staline. Ils crèvent d'envie de baiser (le film voile hypocritement ce désir par une volonté de se marier), mais pas une femme à l'horizon (les Allemandes ont-elle été vaporisées ?). Alors ils décident de se marier par contumace et confient leur passeport à l'unique d'entre eux bénéficiant d'une permission. Il va devoir jouer cinq fois le fiancé, enfiler cinq bagues à cinq fiancées fidèles et débordantes d'amour, le tout en deux jours, sans niquer personne, sans voir un bout de téton.

Le plat principal (l'humour) est servi réchauffé. Ce n'est qu'une succession de gags idiots, prévisibles. Du mauvais cinéma populaire pour idiots mal sevrés du soviétisme (pardon Katia, mais tu n'as que 20 ans). Les rôles sont caricaturaux, absolument pas crédibles. Point d'invention, de fantaisie, de poésie. Point de désir sexuel.Tout ce qu'ils veulent, hommes ou femmes, c'est un mariage ! C'est l'idée fixe des femmes, elles sont dans ce film rigoureusement incapables de penser à autre chose. Seule parenthèse de réalité dans se film, l'intervention d'une punaise du NKVD, qui enquiquine un peu le héros, mais pas pas trop. Finalement, sous Staline, c'était sympa. Je manque d'humour, pensez vous. Mais comment peut on se gausser à se point de l'histoire, et du problème des centaines de milliers de femmes allemandes violées par l'armée rouge ? Or, on sait que dans la Russie d'aujourd'hui, évoquer ce thème tabou, c'est se faire automatiquement taxer de "néo-nazi" ou au mieux de révisionniste. En gros, ce film est là pour dire qu'il n'y avait pas d'Allemandes en Allemagne en 1945.

Les symptômes d'amnésie sont nombreux. D'après ce film, la guerre n'a rigoureusement rien détruit (on est en mai 1945... en principe, la fumée voile encore le soleil) mais tout le monde il est heureux et les grasses mottes de foin cachent l'horizon. Pas un éclopé, pas un blessé, personne n'est ravagé par le chagrin, pas un ennemi, pas un collabo, pas un rescapé des camps... Pas un seul plan sur les ravages des boches en terre slave. RIEN! l'action se passe à Smolensk, où la population soviétique a horriblement morflé. Le genre comédie légère n'oblige pas cacher frénétiquement toutes les émotions négatives. Sinon, on choisit un autre cadre temporel.

La déconnexion totale de la réalité a quelque chose d'insultant pour la mémoire. Nous parlons d'une des guerres les plus massives et les plus atroces de l'histoire de l'humanité, et pas une seule stigmate sur la pellicule. Cette comédie révisionniste avilit le cinéma russe, car elle sort dans un contexte de mépris global de la réalité historique, de déni des horreurs et injustices de Staline (ceux qui ont vu l'Allemagne de trop près, héros ou pas, hop, direction Goulag), et de néo stalinisme rampant... Alors ce film, qui ne m'a pas fait rire une seule fois, ce film pue.

mercredi 7 avril 2010

De quoi parlent les hommes (2010) ****


"О чем говорят мужчины" est une comédie d'essence soviétique, bourrée de clins d'œil aussi ésotériques pour l'Occidental qu'ils sont évidents au sovok (personne née en URSS), même de bas âge. Dmitri Dyatchenko et Rostislav Haït ont imaginé une comédie assez réussie mais prévisible, jonglant avec les clichés du vaudeville russe et pour cette raison difficilement exportable. 4 amis mâles juste en dessous de la quarantaine partent ensemble en voiture de Moscou à Odessa pour un week-end de bacchanales. Un seul d'entre eux n'est pas marié (il répète plus souvent qu'à son tour : "c'est pour cela que je ne me suis pas marié").Les compères s'échappent de leurs couples respectifs pour rouspéter tant qu'ils peuvent contre les bonnes femmes. Et de deviser sur l'impossibilité et du grand danger qu'il y aurait à ne pas tromper sa femme. Une vision mâlocentriste, totalement phallocrate et décomplexée de la question, le genre de film qu'il est absolument impossible de tourner en France. Je m'imagine sans peine la vague de haine qu'un tel film soulèverait dans l'hexagone, où de tels discours ont disparus des grands écrans depuis 30 bonnes années. La Russie ayant émoussé au fil des années ma sensibilité au "politiquement incorrect", j'ai beaucoup rit et me suis un peu ennuyé aussi car le "road-movie" n'est pas du tout une spécialité russe et le film manque de rythme. La réflexion n'est pas poussée bien loin, car nos quatre hommes sont tous bien dans leur peau et ont accès sans peine aux dessous de jolies filles deux fois plus jeunes qu'eux.

La culmination du film est un fantasme de Haïm (avec gros clin d'oeil à Fellini) où il fête son anniversaire sur un bateau. Les invités : toutes les filles avec qui il a couché. Elles sont rayonnantes, l'adorent. Au cours de la célébration, il prend le micro et leur présente... son épouse "certaines d'entre vous ignoriez même son existence" lâche-t-il, sans ironie. L'épouse légitime est attendrie de tant d'honneurs. Tombant nez à nez avec sa meilleure amie, elle ne reproche à Haïm que de l'avoir trompée dans un hôtel proche de son domicile ("j'étais en vacances à ce moment-là") alors qu'il aurait pu économiser l'argent de la chambre pour lui acheter une fourrure...

Nos quatre larrons sont bien portants, ont de bonnes situations et des épouses fort sexy. Mais ils ne s'en contentent pas, car ce sont des russes. Et oui ! Quand on a du fric en Russie, on couche avec tout le monde, sauf sa légitime. La fidélité est une chose incongrue. La tentation est trop grande et les demoiselles ont la jambe légère devant "un vrai homme". Denrée rare, sans doute ? Toujours est-il que nous autres occidentaux observons les doutes et les frustrations de ces quatre machos avec envie : si seulement nous avions leurs problèmes...

lundi 5 avril 2010

Fiancée à tout prix (2010) hilarant ! ****


C'est la comédie dont nous avions besoin pour nous réconcilier avec le genre léger. Si vous n'explosez pas une dizaine de fois pendant ce film de Dmitri Gtrachev, de deux choses l'une : soit vous êtes un pisse-froid incurable, soit vous êtes trop loin de Moscou pour comprendre. Невестой Любой Ценой transpire du cynisme et de l'arrogance baignant Corporate Russia. Comme le résume notre héro interprété par Pavel Volya, "Je n'ai pas changé : je suis prêt à marcher sur la tête de n'importe qui, je suis prêt à tout pour arriver à mes fins". Egoïste brutal et totalement décomplexé, son seul conflit interne tient lieu entre la satisfaction de ses besoins libidineux et son objectif professionnel. Entre sauter la copine de l'oligarque-mafieux investisseur principal et se faire élire vice-président, il choisit la blonde (et son infect clébard de poche). Pendant ce temps, son alter ego féminin (Lubov Tolkanina, dans une performance pas loin d'égaler la Nicole Kidman de "Prête à tout") manœuvre entre les lits pour lui piquer sa place.
Le thème des "Liaisons Dangereuses" plane derrière ce film, pour la énième fois, sans lasser cette fois-ci. La cruauté du personnage principal n'est même pas masquée par le rire. Il est tel qu'il est, ne s'en cache pas, et cette absence complète d'hypocrisie rachète ses fautes. Après tout, l'auteur n'a pas cru bon - et on l'en remercie - de coller une fin moralisatrice, ni même une happy-end. Ce n'est qu'un cycle. Faites juste en sorte de ne pas laisser votre copine à portée de Pavel Volya.

Montage ultra rapide, caméra à la Guy Ritchie, enfilade de gags à la Jim Carrey, Невеста любой ценой décoiffe aussi sur le plan formel et vole nettement au-dessus du reste de la production de comédies légères russes. L'influence évidente de Jim Carrey sur Pavel Volya est plutôt une bonne chose, car elle apporte un plus et ne tombe pas comme un plagiat collé sur une mauvaise bobine. La musique est trop présente, mais elle n'est pas là pour vendre un disque, elle est utilisée au second degré et se distingue aussi par sa cohérence (2 groupes jouent des morceaux spécialement composés pour le film, tous chantés en anglais).
Du cinéma cynique pour moscovites cyniques.

lundi 1 février 2010

Сумасшедшая помощь (2009) Aide de démence ***


Сумасшедшая помощь (2009) de Boris Khlebnikov

Doux, simplet et très fainéant, Evgueni débarque à Moscou de sa Biélorussie tranquille pour gagner un peu d'argent. Des gredins à peine plus intelligents lui subtilisent rapidement téléphone, argent de poche et papiers. Evgueni se résout à dormir sous les ponts, quand vient à son aide un aimable retraité perclus d'idées incongrues. Evgueni trouve un toit grâce à ce vieil homme qui l'a pour toujours perdu (jeu de mots russe, où toit = raison) et partage ses fantaisies avec une totale passivité. Mais la bonté est une chose rarissime à Moscou et l'aide folle ne restera pas impunie...

Khlebnikov défend le cinéma social avec une touche de fantaisie. Mais ça manque de peps, d'humour et, au fond, de délire. On s'ennuie un peu et la fin n'est certainement pas aussi astucieuse qu'elle prétend l'être. Pas un mauvais film, mérite d'y jeter un coup d'oeil, mais on espère que Khlebnikov va un peu muscler ses futurs scénarios.

mardi 29 décembre 2009

Pick-up : drague sans règles *


"Пикап. Съем без правил" (2009) de Felix Guertchikov (Феликс Герчиков)
Trailers (Трейлеры) & Photos du film (Кадры из фильма)

Et une nouvelle variation sur le thème - galvaudé - des liaisons dangereuses! Celle-ci ressemble fort à "Cruel Intentions" quoique beaucoup moins fidèle au récit de Choderlos de Laclos. C'est bien dommage, car le résultat est beaucoup moins épicé. Dans notre cas nous n'avons que 3 copains concourant entre eux. Les filles sont réduites au rang de proies, à des seconds rôles peu construits où elles apparaissent soient idiotes soit viles, soit le plus souvent les deux.

Le héros du film joué par Andreï Krioukov, est l'archétype du beau gosse de chez qui tu vois une blonde sortir en vitesse, décoiffée et l'air fâchée, à chaque fois que tu lui rend visite. Lui et son Don Juan rival se montrent à l'aise dans leurs personnages cyniques, mais qui ne le serait pas dans un Moscou où le cynisme a été érigée en unique stratégie comportementale menant au succès ? Autant dire qu'ils ne jouent tout simplement pas. Le 3ème larron photographie leurs exploits et s'initie laborieusement à l'amour libre.

Le seul personnage féminin à peu près consistant est la principale victime du trio. Une rousse d'une stupidité et d'une naïveté telle qu'elle est capable sans faire exprès de "dépuceler tout un lycée en un semestre".

Malheureusement, les auteurs du film ne veulent pas montrer la réalité telle qu'elle est et nous servent un happy end ridicule, tombé comme un cheveu sur la soupe. Le méchant cynique est désavoué, les demi cyniques se rachètent (mariage). Les gentils sont très heureux et ont beaucoup d'enfants.

Tant qu'à verser dans les bons sentiments, le film aurait pu nous faire la leçon "puisque vous baisez de ci de là, portez au moins des capotes". Malheureusement, le seul moment où elles apparaissent dans le film, c'est pour symboliser le mal, le sexe sans sentiment. Ils glissent d'une poche et la femme se détourne avec horreur. Pas une fois ils ne sont utilisés lors des nombreuses copulations. Soit dit en passant, ne vous attendez pas à des scènes torrides. Un seul et même maigre téton apparaît à deux reprises, pas de quoi y repenser sous la couette. Ni utile, ni agréable ! Quel est l'intérêt de ce film ? Le cynisme du héros est lui mis sur le compte d'une mère volage dont il a été contraint d'entendre les orgasmes "toute sa jeunesse". Ce pauvre gosse habite sur une planète où le féminisme n'a jamais mis ses pieds poilus. Toute la culpabilité est rejeté sur une mère mauvaise de n'avoir pas couché toute sa vie avec son père. Maman mettait à chaque fois de la musique pour masquer ses cris, ce qui a eu pour conséquence de dégouter le héros de tous les hits des années 90.

Le film s'acharne lui à dégoutter les spectateur de la musique des années 2000. Gêné par l'imbécilité du scénario, le monteur recourt systématiquement à la même musique pour fondre les scènes les unes dans les autres. Une sorte d'ignoble jingle télé nous est resservi à d'innombrables reprises, c'est pourquoi ce film doit impérativement être visionné sur DVD, histoire de pouvoir couper rapidement le son. Tant qu'à faire, évitez tout simplement de le voir !

jeudi 17 décembre 2009

Les films les plus prometteurs de 2010

Mélodie pour Orgue de Barbarie (Мелодия для шарманки) de Kira Muratova. Avec Renata Litvinova et Natalia Buzko, deux actrices fétiches de l'extravagante réalisatrice odessite, qui vient de célébrer son 75ème anniversaire. Le film est achevé, date de sortie inconnue.

Дау d'Ilia Khrjanovsky, réalisateur de l'incroyable "4" (2006)
Ce film actuellement en tournage, serait la biographie romancée de Lev Davidovitch Landau, prix Nobel de Physique 1962 pour ses travaux sur la superfluidité de l'hélium liquide.

Le sourire de Dieu, une histoire odessite (Улыбка Бога, или Чисто одесская история). Une comédie/fantaisie qui saura on l'espère capturer l'humour typique d'Odessa.

Faust d'Alexandre Sokurov. Suite de la série consacrée à la face sombre de l'humanité (Molokh - Hitler, Telets - Lenine, Solntse - Hiro Hito). Faust est achevé, on ignore la date de sortie.

Generation P de Viktor Ginzburg. Une adaptation ultra risquée du fameux roman éponyme de Viktor Pelevine. Le projet d'adaptation traîne depuis des lustres mais il serait désormais fixé sur pelloche et en phase de montage.

La Maison du Soleil de Garik Soukachev
, jusqu'ici connu comme musicien extravagant et fort imbibé. Il s'agit d'un drame psychologique et d'une évocation des hippies soviétiques. Le film est basé sur une nouvelle d'Ivan Okhlobystine et se trouve en phase de montage.

La Face Cachée de la Lune (Обратная сторона Луны), une farce S-F rétrofuturiste avec la découverte d'extra-terrestres sur la lune pendant les jeux olympliques de Moscou de 1980. Avec Vladimir Mashkov et Sergey Garmash.

Soleil Trompeur 2 (déploiement) ; 3 (Citadelle) de Nikita Mikhalkov. Avec Mikhalkov et Menchikov. Déploiement est déjà monté et prévu pour 2010 tandis que la 3ème partie (Citadelle) est actuellement en tournage et devrait sortir en 2011.