Pour la 19ème édition du festival, sa
présidente Françoise Schnerb a récupéré l’un des films russes couronnés dans
un grand festival international : Elena
d’Andreï Zviaguintsev, prix spécial
du jury à Cannes, qui sort prochainement dans les salles françaises.
Outre cette grande réalisation, le festival permet de découvrir des auteurs
encore méconnus en Europe, à travers une sélection très composite de films
récents. Huit d’entre eux seront en compétition dans la sélection principale.
On retiendra notamment Gromozeka, où Vladimir Kott met en scène trois amis qui,
la quarantaine atteinte, perdent prise sur leur entourage immédiat et leur
destin dans ce film sombre et émouvant. On frôle le misérabilisme et la
surenchère dramatique, mais la veine réaliste reste la plus forte et sauve
l’œuvre.
Bedouin, d’Igor Volochine, suit une mère cherchant par les moyens les plus
désespérés à sauver sa fille atteinte de leucémie. « Les jeunes aiment les vampires.
C’est un thème immortel, mais surtout très actuel », commente le réalisateur.
Moins courageuse, Avdotia Smirnova
filme dans Deux jours une comédie politiquement correcte où un haut
fonctionnaire au cœur sensible (joué par Fiodor Bondartchouk) est aux prises
avec un méchant gouverneur régional caricatural, inculte et pressé de
s’enrichir. Une fable destinée à rassurer le peuple sur le fait qu’il est
dirigé par un bon tsar (Bondartchouk est encarté chez Russie Unie, le parti de
Poutine), lequel va bientôt réaliser qu’il est entouré d’ignobles boyards.
Autre film féminin, Portrait au crépuscule , d’Angelina Nikonova, lui aussi
sera diffusé dans les salles françaises prochainement. Un viol suivit d'une descente aux enfers envoie valdinguer les repères de Marina, épouse ennuyée. Plongée
dans état dépressif, elle bascule brutalement dans une autre relation
dangereuse. Un sujet déjà très exploré, mais décliné avec talent dans les
lignes moralement mouvantes de la Russie contemporaine.
Retour en «A» (c’est-à-dire dans ce pays maudit qu’est l’Afghanistan). C’est le
vieux syndrome de la guerre ratée porté à l’écran comme les Américains l’ont
fait avec le Vietnam. Un film d’aventure et de guerre selon la formule
consacrée : un peu superficiel mais de bonne facture... et qui n’encombrera pas
la mémoire.
Après les femmes et la guerre, il ne manquait que l’argent (Bablo, de
Konstantin Bouslov - voir plus bas) pour compléter le tableau. Bouslov revisite le thème de la
mallette d’un million de dollars disparue et convoitée par plusieurs gangs de
truands et de flics ripoux. Bien ficelé, ce film donne cependant une image
puissamment négative de la Russie actuelle, car on n’y trouve pas un seul
personnage positif. Sa noirceur morale extrême fait écho à celle de Mon bonheur de Sergueï Loznitsa, déjà présenté au festival de Honfleur.
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jeudi 8 décembre 2011
samedi 3 décembre 2011
Высоцкий. Спасибо, что живой : salir le dissident Vissotsky *
Mais quelle étrange initiative que de déterrer Vissotsky pour en faire cet antipathique héroïnomane... Pourquoi flétrir ainsi l'icône de la dissidence soviétique, dépeint dans le film comme un drogué irresponsable trahissant ses amis, conduisant à tombeau ouvert dans sa Mercedes rutilante, tel un gamin pourri gâté ? Avec une sortie du film en pleine campagne électorale, alors que Poutine s'affiche partout comme le chef de file de la lutte antidrogue ? Et pourquoi avoir fait des officiers du KGB les vrais héros du film ?
Premier problème : c'est un film profondément ennuyeux, à cause d'un scénario (écrit par le propre fils de Vissotsky) construit sur un épisode peu glorieux de la vie du grand barde : au mépris de son état de santé critique, il s'envole pour une tournée dans la république Ouzbek. Sur place, son entourage ne trouve pas d'héroïne et il s'enfonce dans la crise de manque. Et ça tire sur la pellicule pour faire durer le plaisir : clips de tourisme sur les paysages ouzbeks, clips sur les beaux avions soviétiques décollants, sur les beaux appartements de la nomenklatura soviétique, sur la rutilante Mercedes du barde... Sur les belles jambes d'Oksana Akinychina (habillée et fardée comme une pouffe moscovite de 2011, portant des lunettes à la Jennifer Lopez - totalement incongru !)... c'est pour faire modasse, pour se rapprocher du public jeune, pour vendre les disques de Vissotsky? Plus personne n'achète de disques, il n'y a plus rien à vendre. Et bientôt plus de films non plus. Les Russes boudent leur cinéma, et ce n'est pas ce genre de film qui va faire remonter la pente aux productions domestiques. On n'entend pratiquement pas la musique du barde, on passe complètement à côté de son talent, de ce qui fait qu'on l'aime.
Pour pallier à l'inanité des dialogues, à un scénario inintéressant, le réalisateur Bouslov - autrefois plus inspiré - recourt à une musique hollywoodienne stridente, omniprésente et destinée à exciter les nerfs du spectateur.
Pour attirer le public dans les salles, les producteurs ont imaginé une énigme : qui a joué le rôle de Vissotsky ? Car c'est bien le visage de Vissotsky qu'on voit à l'écran, et non celui de l'acteur, dont le nom ne figure pas au générique. Ce dernier porte un masque remarquablement conçu. Mais comportant un gros inconvénient : Le visage de "Vissotsky" est totalement inexpressif. Or, on connait bien le vrai visage de Vissotsky, acteur - très expressif - de nombreux chefs-d’œuvre du cinéma soviétique. D'accord, son personnage est fatigué, en manque, mais inexpressivité dérange de plus en plus à mesure qu'on avance dans le film. On perçoit distinctement la lourdeur du latex et non un jeu d'acteur. Alors on s'en fout de l'identité d'un acteur incapable de jouer. Tout son corps est raide, lent, guindé. Il n'est pas prisonnier de l'héroïne, mais du latex. Les acolytes de Vissotsky semblent contaminés par ce problème et leur jeu est soit caricatural (le bouffon Panine), soit guindé (Urgant), soit franchement mauvais (tous les autres). Seuls les deux officiers du KGB (Smolyakov et Iline) se distinguent par un vrai jeu d'acteur. Mais il faut souligner qu'on leur a écrit des rôles plus fouillés, moins prévisibles et non manichéens. Le vrai héros du film, c'est ce colonel du KGB joué par Smolyakov, qui finit par sauver tout le monde dans un grand geste d'abnégation. L'abnégation, c'est aussi un trait de cet autre colonel du KGB, devenu leader national russe, et qui a décidé de sacrifier tout le reste de son existence au service du peuple. Clin d'oeil zélé au mythe le plus imbécile de l'histoire contemporaine russe, selon lequel le KGB était la seule institution solide et moralement propre du pays. D'où le désagréable parfum politique du film : Vissotsky représente une dissidence composée d'égoïstes irresponsables prêts à sacrifier la vie et la liberté de leurs proches pour une dose de blanche. Est-ce le message des auteurs à un public actuel agité par la dissidence anti-Poutine ?
Pourquoi pas... le film est produit, porté à bout de bras par Pervy Kanal, la chaine télé n°1 du pays et appartenant au Kremlin.
dimanche 16 octobre 2011
Бабло (l'oseille) comédie/polar plongeon négativiste ***
Tout au long du film, j'ai senti un profond dégoût pour la Russie et l'Ukraine, où se déroule l'action du film. Pourquoi ? Pas un seul personnage sympathique dans le film. Ce ne sont que bandits cruels, généraux vénaux, policiers corrompus, prostituées, hommes de main débiles, et tous, tous sans exception se trahissent les uns les autres pour du fric. Pas une seule qualité humaine n'apparaît, hormis peut-être un courage physique qui n'est engagé que pour ramasser une mallette contenant un million de dollars.
Ce million de dollars, vous l'avez déjà compris, est le personnage principal du film, tourné sur un scénario moyennement ficelé (ça devient confus à la fin du premier tiers) et surtout archi rebattu, puisque tout le monde court après cette mallette.
Bouslov fait basculer le polar russe dans le négativisme absolu. C'est la première fois qu'un film me donne le désir dès les premières minutes, de me casser de cette région du monde où j'ai passé 10 ans. "Tous pourris !" dit le film, en somme. Comment peut on penser à faire des enfants dans un contexte pareil, où la vie humaine n'a pas la moindre importance et où la seule motivation des personnages est l'argent criminellement acquis ? Je suis certain que cela ne vient pas d'un désamour personnel pour la Russie (je n'ai aucunement envie de rentrer en France), mais plutôt d'une volonté délibérée d'appuyer sur un problème moral qui a atteint des proportions pharaoniques. De ce point de vue-là, Bouslov prend un gros risque personnel, car je ne suis pas le seul à percevoir une antipublicité pour la Russie. Il y a bien sûr les simples d'esprit qui passent un bon moment à rigoler, puis rêvent d'imiter ces nouvelles idôles de la décrépitude, mais d'autres, des décideurs et Tartuffes en tout genre, vont s'offusquer qu'on montre de leur patrie un visage aussi grêlé. Même le téméraire provocateur Balabanov veille à trouver dans (certains de) ses héros des aspects positifs, de la compassion, de l'amour, du désintéressement, de l'amitié... dans le noir absolu, il y a toujours un ou deux personnages qui se distinguent, soit des victimes innocentes, soit des hommes blessés cherchant la rédemption. Rien de tel dans ce film, et n'attendez pas de fin positive.
Ce négativisme absolu rappelle Ma joie de Sergeï Lozan, sorti l'année dernière. Ce n'est déjà plus un simple signe du temps, c'est une tendance du cinéma russe et un signal à la société. Le cinéma renvoie une image terrifiante de la Russie d'aujourd'hui.
Chose surprenante, Bouslov verse très peu de sang dans ce film criminel. C'est un aspect très original quand on observe la tendance épouvantablement graphique que suit l'industrie du cinéma. Ici, on ne verra que du sang maculé sur les murs après l'unique fusillade (située au 3ème étage d'un hôtel, mais filmée depuis la rue : on ne voit rien d'autre que des ombres, tout est au niveau de l'audition - une scène très réussie !).
Le côté comédie déçoit, car on ne rigole pas souvent. Le seul gag très réussit à mon avis confronte deux flics sidérés par la corruption de l'autre. Le reste du temps, quelques situations comiques apparaissent, mais on reste surtout dans le registre de la surenchère de grossièretés. Il faut une très bonne culture de l'argot criminel russe, car moi qui comprends bien les Balabanov par exemple, j'ai loupé un paquet d'expressions.
Quelques aspects positifs : c'est un premier film. Le réalisateur Kostia Bouslov, frère cadet de Piotr Bouslov, a réussit une réalisation haletante. Le rythme est parfait pour l'action. On ne s'ennuie pas une seconde. Les acteurs sont utilisés à bon escient, c'est juste et pas surjoué, pas de clichés inutiles, et les acteurs ne sont pas des stars fatiguées, mais des seconds couteaux de séries télévisées. Bouslov junior a donc fait des économies sans pour autant nuire à la qualité du jeu. Plusieurs personnages se font remarquer comme d'excellent "rôles de caractères", avec des voix et charismes étonnants. Mais bon sang qu'ils sont tous répugnants...
Bouslov fait basculer le polar russe dans le négativisme absolu. C'est la première fois qu'un film me donne le désir dès les premières minutes, de me casser de cette région du monde où j'ai passé 10 ans. "Tous pourris !" dit le film, en somme. Comment peut on penser à faire des enfants dans un contexte pareil, où la vie humaine n'a pas la moindre importance et où la seule motivation des personnages est l'argent criminellement acquis ? Je suis certain que cela ne vient pas d'un désamour personnel pour la Russie (je n'ai aucunement envie de rentrer en France), mais plutôt d'une volonté délibérée d'appuyer sur un problème moral qui a atteint des proportions pharaoniques. De ce point de vue-là, Bouslov prend un gros risque personnel, car je ne suis pas le seul à percevoir une antipublicité pour la Russie. Il y a bien sûr les simples d'esprit qui passent un bon moment à rigoler, puis rêvent d'imiter ces nouvelles idôles de la décrépitude, mais d'autres, des décideurs et Tartuffes en tout genre, vont s'offusquer qu'on montre de leur patrie un visage aussi grêlé. Même le téméraire provocateur Balabanov veille à trouver dans (certains de) ses héros des aspects positifs, de la compassion, de l'amour, du désintéressement, de l'amitié... dans le noir absolu, il y a toujours un ou deux personnages qui se distinguent, soit des victimes innocentes, soit des hommes blessés cherchant la rédemption. Rien de tel dans ce film, et n'attendez pas de fin positive.
Chose surprenante, Bouslov verse très peu de sang dans ce film criminel. C'est un aspect très original quand on observe la tendance épouvantablement graphique que suit l'industrie du cinéma. Ici, on ne verra que du sang maculé sur les murs après l'unique fusillade (située au 3ème étage d'un hôtel, mais filmée depuis la rue : on ne voit rien d'autre que des ombres, tout est au niveau de l'audition - une scène très réussie !).
Le côté comédie déçoit, car on ne rigole pas souvent. Le seul gag très réussit à mon avis confronte deux flics sidérés par la corruption de l'autre. Le reste du temps, quelques situations comiques apparaissent, mais on reste surtout dans le registre de la surenchère de grossièretés. Il faut une très bonne culture de l'argot criminel russe, car moi qui comprends bien les Balabanov par exemple, j'ai loupé un paquet d'expressions.
Quelques aspects positifs : c'est un premier film. Le réalisateur Kostia Bouslov, frère cadet de Piotr Bouslov, a réussit une réalisation haletante. Le rythme est parfait pour l'action. On ne s'ennuie pas une seconde. Les acteurs sont utilisés à bon escient, c'est juste et pas surjoué, pas de clichés inutiles, et les acteurs ne sont pas des stars fatiguées, mais des seconds couteaux de séries télévisées. Bouslov junior a donc fait des économies sans pour autant nuire à la qualité du jeu. Plusieurs personnages se font remarquer comme d'excellent "rôles de caractères", avec des voix et charismes étonnants. Mais bon sang qu'ils sont tous répugnants...
Libellés :
***,
Bouslov,
Comédie,
film d'action,
polar
Pays/territoire :
Goncharnaya naberezhnaya, 1С3, Moscou, Russie, 115172
mercredi 16 décembre 2009
Korotkoe Zamykanie *****
5 jeunes réalisateurs pètent les plombsTrailers (Трейлеры) & Photos du film (Кадры из фильма)
5 courts métrages, 5 histoires d'amour traitées par 5 jeunes réalisateurs russes grimpant rapidement vers le faîte de leur carrière. Tous possèdent déjà un style extrêmement personnel. Qui a vu leurs films identifie dès les premières scènes leurs auteurs respectifs. Le montage prend soin de placer le générique à la fin de chaque court métrage, permettant ainsi au spectateur de s'exercer à identifier le réalisateur.
Khlebnikov narre l'idylle ratée d'un mélancolique fataliste dans une ambiance prolo et provinciale. Cinéma social, cinéma réaliste et humour désespéré.
Vyrypaïev imagine la vidéo de vacance d'une jeune fille polonaise en week-end à Moscou. Un exercice léger, découverte d'un Moscou estival, absurde, poétique et festif. Un clin d'oeil à l'esprit Russe, qui s'amuse de ne pas être compréhensible par l'étranger.
Bouslov plonge dans le tragique. Un cordonnier sourd-muet écorché vif (au figuré, puis plus tard au sens propre) tombe amoureux d'une paire de guibolles propriétaire des ravissants mocassins blancs qu'il répare. Sa raison se dissolve rapidement dans l'amour à sens unique. C'est noir, intense et bien plus intéressant que les deux premiers long métrages de Bouslov (série des Boomers)...
Guerman, styliste alambiqué, nous entraîne dans un hôpital psychiatrique oublié, délabré, dont l'ambiance désespérante corrompt les esprits au bout de quelques heures. Triste et brumeux comme les rives moldaves du Danube où le film a été tourné.
Serebrennikov réalise un tour de force tragi-comique. Un jeune homme déguisé en crevette pour faire la réclame d'un restaurant décide d'adopter une méthode radicale pour attirer le chalant. Mais en offrant trop d'amour aux passants, il récolte le contraire, avant de découvrir l'amour sous les traits d'une naïade victime d'un autre amour excessif... Bourré de clins d'oeils cinématographiques, littéraires, Serebrennikov termine en beauté la série avec cet exercice de style hilarant.
Filmographie des réalisateurs :
Boris Khlebnikov (Koktebel, Nage libre, Aide de démence)
Piotr Bouslov (Boomer, Boomer 2)
Ivan Vyrypaïev (Euphoria, Meilleur moment de l'année, Antonina s'est retournée, oxygène)
Alexeï Guerman Jr. (dernier train, Garpastum, Soldat de papier)
Kiril Serebrennikov (incarnation de la victime, Raguine, Le jour de Iourev)
Libellés :
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Bouslov,
cinéma d'auteur,
cinéma russe,
Guerman,
Khlebnikov,
Serebrennikov,
Vyrypaïev
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